PARTIE II. — CHAPITRE IlL
liers, mais même ne plus les y faire entrer. Nous pensons, en effet, qu’il arrivera un moment où il sera évident pour tous qu’il n’est guère plus difficile d’instruire un sourd-muet, comme le disait l’abbé Sicard, qu’un enfant ordinaire, et qu’alors l’éducation de tous ceux qui sont affligés de cette infirmité se fera très convenablement dans les localités mêmes où ils seront nés.
Mais ce résultat sera l’œuvre du temps : les efforts persévérants des professeurs ne pourront, toutefois, qu’en rendre l’accomplissement plus prochain. Leurs succès seuls détruiront les préventions qui existent encore, et contribueront à assurer au sourdmuet le bien-être qui doit résulter pour lui d’une judicieuse et impartiale appréciation de ses facultés. Jusqu’à ce qu’il en soit ainsi, l’éducation professionnelle sera pour lui, nous nous empressons de le reconnaître, aussi indispensable que les études purement scientifiques, parce que, quelle que soit l’intruction du sourd-muet, elle ne lui procure, par elle-même, que bien rarement les ressources nécessaires pour exister, et que ce n’est que par l’apprentissage d’un métier qu’il se trouve garanti contre la misère. Il est, d’ailleurs, parfaitement sage de joindre à l’étude des langues celles d’une profession utile, qui puisse lui permettre de détruire par le travail la monotonie de son existence, et s’en faire
un sujet de distraction, s’il est riche, et qui,s’il est pauvre et abandonné, lui procure le moyen de se suffire à lui-même. Il n’y a pas, en effet, au monde d’être plus à la merci de tout ce qui l’environne que le sourd-muet. Qui, plus que lui, a besoin de pitié et de protection lorsqu’il est sans éducation? Mais supposez son intelligence développée, sa raison fortifiée par une éducation solide, et ses mains préparées au travail dès le plus bas âge, il n’aura plus besoin alors que des égards que les hommes se doivent entre eux.
Nous avons déjà dit, d’ailleurs, que l’état physique du sourd-muet demandait qu’il fût soumis à une activité presque continuelle, et que les états manuels qui lui étaient enseignés favorisaient, en général, le développement de ses forces musculaires , et contribuaient à dissiper les principes morbifiques que comportait son organisation. Rien, en outre, n’est plus contraire à la marche de l’esprit humain que l’inaction. Pourroidir l’âme d’un enfant, disait Montaigne, il faut lui durcir les muscles. L’activité du corps favorise en effet au plus haut degré les actes de l’entendement, et nous sommes bien persuadé que si un sourd-muet était mis dans l’impossibilité d’agir et de se mouvoir, il ne tarderait pas à donner des signes certains de l’affaiblissement de sa raison, et que bientôt on verrait se manifester en