‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 189 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE III

loi les symptômes de l’idiotisme le plus affligeant. Que de maladies, en outre, sont le résultat pour les parlants du défaut d’exercices corporels suffisants! «Les humeurs stagnantes, dit J.-J. Rousseau, arrêtées dans leur circulation, croupissent dans un repos qu’augmente la vie inactive et sédentaire, se corrompent et causent le scorbut, maladie tous les jours plus commune parmi nous, et presque ignorée des anciens, que leur manière de se vêtir et de vivre en préservait (1). » Si le parlant a à redouter ces graves inconvénients, et s’il est essentiel, comme l’ont pensé tous les hommes les plus compétents dans cette matière, d’exercer beaucoup les forces physiques des enfants ordinaires, combien cela est plus indispensable encore quand il s’agit de ceux dont l’organisation tout entière a été ébranlée par une de ces graves maladies dont la surdité est presque toujours la suite nécessaire, et qui laissent souvent dans toute l’économie animale la perturbation la plus profonde !

L’éducation industrielle est donc de la plus rigoureuse nécessité pour le sourd-muet, et nous sommes, à cet égard, tout-à-fait d’accord avec ceux qui veulent qu’on y donne la plus sérieuse attention. Nous ne partageons pas toutefois les idées qui les portent

ü) J.-J. Rousseau, Émile, ou de l’Éducation, liv. II, p. 186.

à accorder à cette partie de ses études une préférence exclusive, et qui voudraient que la généralité des sourds-muets abandonnât les écoles pour se renfermer dans des ateliers; quelques uns seulement, des mieux disposés et des plus intelligents, seraientainsi maintenus seuls dans les établissements d’éducation, pour y être instruits et nourris, plutôt sans doute comme objet de curiosité qu’à cause des avantages que l’éducation leur procurerait. Un sourdmuet instruit ne serait alors ni plus ni moins qu’un des animaux qu’on offre aux regards du public dans les ménageries royales.

Par respect pour l’humanité , il ne faut pas donner à cette malheureuse pensée plus d’importance qu’elle n’en mérite. Il serait douloureux de croire d’ailleurs que l’hommage rendu par des millions d’hommes au génie bienfaisant de l’abbé de l’Épée ne fût que le résultat d’une erreur. Pour ajouter foi, même pendant un instant, à des maximes aussi contraires à la réalité des faits les moins contestables , il faudrait surtout ne pas connaître les sourdsmuets, et n’avoir pas de leur éducation et de son importance la plus petite idée. Une seule observation le prouvera. L’instruction, avons-nous dit ailleurs , opère deux sortes d’avantages : elle a d’abord pour but le développement de leur intelligence, et ensuite elle doit leur procurer la connaissance de la

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