‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 190 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE Hf · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE Hf

langue que parle la société au sein de laquelle ils sont nés. Ne perdons pas de vue qu’avant toute instruction le sourd-muet est presque dépourvu d’idées, et que, dans tous les cas, celles qu’il possède sont peu étendues. Placez dans un atelier cet enfant ainsi étranger aux notions les plus simples, et n’ayant pour communiquer avec les autres ouvriers que des signes très imparfaits ; quels seront ses progrès, si toutefois il se rencontre un chef d’atelier qui consente à. lui donner ses soins, ce qui est fort douteux? Mais admettons qu’un enfant, placé au milieu de circonstances aussi peu favorables, parvienne à apprendre un métier : comment pourra-t-il utiliser les connaissances qu’il aura acquises ? Comment s’entendra-t-il avec les personnes qui voudront lui donner du travail ? Il n’aura que peu ou point d’idées, et quand bien même il en aurait acquis, il ne possédera pas de langage propre à le mettre en rapport avec ceux qui l’entoureront.

Ceux qui ont manifesté cette pensée, qui n’est pas moins absurde qu’elle est peu philanthropique, ont jugé de l’aptitude de tous les sourds-muets par les dispositions qu’ils ont vu manifester par ceux qui sont dans les écoles. Ils n’en ont évidemment jamais vu aucun avant son admission dans un établissement ; et, parcequ’ils les onttrouvéslà pleins de vivacité etdoués d’une activité d’esprit peu commune, n’ignorant

rien de ce que sait un enfant de leur âge, aptes au travail, qui n’est pour eux qu’une œuvre d’imitation, ils ont pensé que la nature, en les privant de la capacité nécessaire pour saisir et combiner les formes de nos langues, les avait dotés du moins de toute la perspicacité que réclame l’apprentissage d’un métier; car ce n’est pas la tête alors, ce sont les mains seules en quelque sorte qui agissent ; il les ont dès lors considérés comme destinés à n’être toute leur vie que des ouvriers du dernier ordre. Pour convaincre tout le mondedel’inexactitudedecetteappréciation, il suffirait de mettre en présence l’un de l’autre deux enfants sourds-muet du même âge, dont l’un aurait fait dans une école un court séjour, et dont l’autre n’y aurait pas encore été admis, et aurait vécu dans l’état d’isolement qui résulte pour eux de la vie de famille. Le premier aurait certainement sur l’autre une supériorité énorme, qui serait uniquement le résultat de ses relations faciles et continuelles avec ses camarades et ses maîtres. A peine, en effet ,1e sourdmuet est-il dans nos établissements, que, grâce à ces communications, il n’ignore rien de ce qui est à la portée de son intelligence. Mis en possession d’un langage commode, et en présence d’un grand nombre de personnes qui le comprennent et s’en servent comme lui, il questionne incessamment tous ceux qui l’entourent sur tout ce qu’il voit ; son excessive

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