PARTIE IL — CHAPITRE III
curiosité ne connaît plus de bornes ; il veut tout connaître et tout apprendre, et alors son intelligence se développe et sa raison se fortifie avec une rapidité inouïe. En peu de temps , il sait tout ce que savent ses camarades ; car il ne cesse de les questionner que lorsqu’ils ne peuvent plus rien lui enseigner.
Arrivé à ce point, le sourd-muet est certainement plein de sagacité ; mais cet état remarquable de son esprit est déjà un des fruits de l’instruction, dont on croit pouvoir cependant lui contester les immenses avantages. Ceux qui jugent d’une manière aussi défavorable des résultats de nos efforts, ne comprennent pas que, quelque essentielle que soit la connaissancé de la langue, son étude n’est pas l’objet principal de notre mission. Nous devons d’abord nous attacher à former le cœur et à développer l’esprit de nos élèves. A quoi servirait à un enfant de connaître l’idiome dont nous nous servons entre nous, s’il n’avait que peu ou point d’idées ? Il ne lui serait pas d’ailleurs, dans ce cas, possible de l’apprendre; car l’étude d’une langue exige, de la part de celui qui s’y adonne, beaucoup de pénétration et des notions exactes sur les personnes et les choses mises à sa portée .C’est parce que l’idiot est incapable d’acquérir des idées qu’il ne parle pas, bien que, sous le rapport physique, il ait tout ce qui est nécessaire pour
l’émission et la combinaison des sons dont se compose la langue qu’on parle autour de lui.
Il y a donc, entre le sourd-muet sans instruction et celui de nos écoles, une énorme différence ; et si l’un est admirablement disposé à l’étude d’un art CW d’un métier, l’autre, on peut en être bien convaincu, sera le plus souvent, jusqu’à un âge avancé, dans l’impossibilité de s’y livrer avec quelque succès. Sans l’éducation, le sourd-muet, qu’on le sache bien, ne sera jamais, quoi qu’on fasse, dans notre société, qu’un membre inutile, quelquefois dangereux et toujours incapable de se suffire à luimême. Quand il a reçu de l’éducation, au contraire, je dirai plus, quand il a seulement séjourné dans une école, s’il n’est pas dépourvu d’intelligence, il sait toujours utiliser ses forces; et non seulement il ne réclame des autres hommes que l’assistance nécessaire pour mettre à profit les conceptions de son esprit, mais encore il coopère au bien-être de tous par l’incessante activité dont il est doué et l’habileté remarquable avec laquelle il exécute des travaux qui lui sont confiés.
Dans toutes les écoles, cependant, on n’enseigne pas de métiers aux sourds-muets, et c’est là un grave inconvénient ; l’éducation la plus complète ne peut pas, en effet, les dédommager des avantage précieux auxquels ils sont ainsi forcés de renoncer. S’ils