PARTIE n. — CHAPITRE III
étaient riches et que leur existence fût assurée , il faudrait encore, ainsi que nous l’avons dit, leur en enseigner un dans l’intérêt de leur santé, et afin de répandre du charme sur leur vie tout entière ; mais ils sont presque tous pauvres, et il faut qu’ils trouvent dans un art manuel des ressources assurées contre la misère.
Tous les états, du reste, ne sauraient leur convenir, et il importe de consulter leur goût et leur inclination autant que possible, de crainte que, rebutés par des inconvénients qu’ils n’avaient pas prévus, ils ne montrent bientôt pour leurs occupations un éloignement qui ne leur permettrait pas de s’y livrer avec l’ardeur convenable. Manquant alors du talent qui est indispensable pour l’art qu’ils cultivent, ils ne peuvent être considérés que comme des espèces de machines qui doivent être constamment soumises à une impulsion étrangère pour remplir leur office. Il faut surtout éviter les professions trop sédentaires , et celles qui, par la nature même des matières qu’elles emploient, peuvent être funestes pour la santé. Il est bien difficile sans doute que dans une école on réunisse tous les états qui pourraient leur convenir, et, sous ce rapport, les écoles qui sont placées dans des villes assez peu populeuses pour pouvoir, sans inconvénients, envoyer leurs élèves dans les divers ateliers qui existent autour
d’elles, sont dans une position bien plus avantageuse que les autres. Il est cependant un petit nombre d’industries qu’il est possible de réunir dans un établissement, et entre lesquelles le sourd-muet peut aisément faire un choix. Combien n’y a-t-il pas d’ailleurs d’enfants parlants qui ont dû leur détermination à cet égard plutôt à des circonstances fortuites qu’à un goût très prononcé qui aurait trahi une inclination marquée ! et si, dans nos écoles, on a souvent le tort de consulter plutôt les convenances du service que l’aptitude des élèves, que 'de familles n’agissent pas en pareil cas avec plus de sagesse, imposant à leurs enfants leurs propres inclinations, et pensant qu’il n’est pas possible que tout le monde ne soit pas satisfait lorsqu’ellesmêmes sont contentes !
Les sourds-muets, ayant l’organe de la vue d’une justesse remarquable, ne sont pas seulement aptes aux métiers de routine qui, comme ceux de cordonnier, de tailleur, de tisserand, et quantité d’autres, ne les obligent à faire le lendemain que très exactement ce qu’ils ont fait la veille. Parmi les arts libéraux, il en est un grand nombre qu’ils cultivent avec goût et avec succès ; la peinture, la gravure et la sculpture leur conviennent particulièrement; aussi beaucoup d’entre eux abandonnent-ils, immédiatement après leur sortie des écoles, les métiers dont l’apprentissage