PARTIE II. — CHAPITRE IIL
leur avait été en quelque sorte imposé, pour se livrer à l’étude d’une profession plus conforme à leurs véritables dispositions ; on en a vu un, récemment encore, qui, après avoir consacré presque toute sa jeunesse à apprendre et à pratiquer l’état de tailleur, pour lequel il n’avait pas la moindre aptitude, l’abandonna , devint homme de peine, et ne tarda pas ainsi à s’assurer les ressources nécessaires pour apprendre la sculpture, pour laquelle il montre un talent fort remarquable. Mais ses succès sans doute ne seront jamais aussi grands qu’ils auraient pu l’être si dès le principe il s’était livré tout entier à cette étude. Nous savons, du reste, que ce n’est pas chose aisée que de déterminer le choix d’une carrière, et qu’il est bien difficile de connaître à cet égard quelles sont les prédispositions d’un enfant, dont le caractère léger et les goûts frivoles rendent les penchants toujours incertains : les parents toutefois doivent consacrer, plus encore que les maîtres , leur attention à discerner sur ce point la véritable tendance de leurs idées.
La peinture est, du reste, de tous les arts, celui auquel les sourds-muets intelligents s’adonnent de préférence; mais quoiqu’ils fassent preuve , en général, de dispositions très remarquables, nous ne pensons pas qu’il leur soit avantageux de suivre cette carrière, qui ne peut assurer leur existence.
Tant d’hommes aujourd’hui excellent dans cet art, dont ils tirent avec beaucoup de peine de quoi vivre, qu’il est bien difficile au sourd-muet d’y acquérir des connaissances telles, qu’elles puissent lui procurer, à lui, des ressources que des parlants d’un incontestable mérite n’ont pu en obtenir. Que ceux toutefois qui ne comptent pas sur leur travail pour vivre s’en fassent un art d’agrément, rien de mieux ! Ils prouveront ainsi au monde qu’il n’est aucune des conceptions de l’esprit humain que le sourd-muet, régénéré par l’éducation, ne puisse comprendre, aucune opération artistique ou industrielle qu’il ne puisse imiter avec une rare perfection , et leurs œuvres trouveront toujours dans le public cette bienveillante impartialité que nous avons vue plusieurs fois se manifester dans les expositions publiques , lorsque quelqu’un d’entre eux venait hardiment prendre sa place, dans le salon carré, au milieu des artistes d’élite.
Ceux qui ont pour les professions libérales des dispositions arrêtées doivent donc s’appliquer de préférence à la gravure et à la lithographie artistiques, qui, depuis quelques années surtout, ont acquis une importance immense ; la librairie n’a dû son salut qu’au concours qu’elles lui ont prêté. Le meilleur ouvrage d’histoire ou de littérature a besoin aujourd’hui d’être illustré pour être vendu ; il