‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 194 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE III

faut que le prestige du dessin vienne partout ajouter au charme que les plus grands écrivains ont répandu dans toutes leurs compositions. De belles pensées , ornées de toute l’élégance du style, semblent dépourvues de mérite lorsque les arts du dessin n’en ont pas rehaussé l’éclat.

Les sciences exactes peuvent aussi fournir à l’activité du sourd-muet un travail digne d’absorber toutes ses facultés. Les arts mécaniques sont pour lui d’autant plus faciles qu’ils ne demandent que de la perspicacité, de la régularité et un grand talent d’observation : or, qui mieux que lui réunit en pareil cas les conditions désirables? Son regard n’est-il pas habitué à mesurer avec une justesse parfaite les proportions des objets ? Tous les mouvements qui s’exécutent devant lui ne provoquentils pas son attention ? Il connaît la mécanique de tous les arts qu’il a vus opérer, et plus leurs procédés sont compliqués, plus ils excitent son attention et piquent sa curiosité. Aussi en avons-nous vu abandonner spontanément un métier lucratif pour apprendre à faire des instruments de mathématiques, et nous savons qu’ils sont devenus des ouvriers distingués dans cette partie.

Quelques sourds-muets s’occupent aussi avec succès d’horlogerie, et cet état leur convient d’autant mieux que l’ouvrier qui le cultive n’a avec le

public, pour son travail, que des rapports excessivement rares ; à la simple vue, il sait ce qu’il a à faire, et lorsqu’il connaît bien son état, il peut se passer du secours de tout le monde. C’est là, d’ailleurs, une industrie qui convient parfaitement à sa position particulière; elle a peut-être l’inconvénient d’être trop sédentaire ; mais à l’âge où le sourd-muet peut l’apprendre, il n’en résulte plus pour sa santé les mêmes dangers que lorsqu’il était plus jeune, et qu’on avait à redouter pour lui les diverses maladies qui sont la conséquence d’une organisation physique au sein de laquelle existe souvent la perturbation la plus profonde.

Une des conditions essentielles du choix du métier que doit apprendre le sourd-muet, c’est qu’il puisse seul accomplir la tâche qu’il s’impose, et qu’il n’ait besoin ni de l’assistance des autres, ni d’explications ou de renseignements trop étendus, parce qu’alors la difficulté des communications l’empêche de trouver du travail ou de s’y livrer avec toute la liberté d’action convenable : aussi une partie des arts qui concourent à l’imprimerie leur conviennent-ils essentiellement. Le sourd-muet intelligent peut être, quand il possède une instruction parfaite, un excellent prote, car jamais personne ne donnera plus d’attention que lui à la régularité de la forme des phrases et à la construc-

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