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de la métaphysique la plus hardie, ressortait avec éclat du mérite exceptionnel de deux élèves qu’il produisait partout.
L’homme pratique, toutefois, ne tarda pas à en apercevoir le vide, et il lui fallut chercher ailleurs des procédés plus en rapport avec les difficultés qu’il s’agissait de vaincre, plus en harmonie surtout avec le développement réel de l’intelligence si peu hâtive du sourd-muet. Alors parut le Manuel denseignement pratique. Mais l’ouvrage de VI. Bébian , aussi parfait qu’il pouvait l’être d’ailleurs à celte époque , laissait, toutefois, beaucoup à désirer.
La pratique a simplifié encore le système qu’il avait adopté, après avoir fait descendre la méthode des nébuleuses régions dans lesquelles l’avait placée l’esprit aventureux de l’abbé Sicard ; mais elle ne pouvait tout faire , et à mesure d’ailleurs que la méthode se perfectionnait ainsi par l’application, l’unité et l’esprit de suite disparaissaient de l’enseignement.
La conférence des professeurs de l’insti-
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sement à cette mission pouvaient donc seuls lui apporter une utile coopération.
Le nombre de ces hommes n’était pas grand , il est vrai; mais il eût suffi à la tâche. 11 importait en outre de ne pas faire de ce journal un registre dans lequel on ferait entrer pêle-mêle, sans ordre et sans distinction , mais souvent avec une partialité puérile , les matériaux si divers et souvent si hétérogènes, sortis au hasard des établissements qui existent dans diverses parties du monde. 11 fallait aborder hardiment la matière , poser les questions fondamentales sur lesquelles on n’est pas d’accord, les discuter, les résoudre, ou provoquer sur chacune d’elles une polémique qui eût été digne du plus haut intérêt.
L’entreprise sans doute n’était pas des plus faciles : depuis plusieurs années la pensée en germait dans toutes les têtes, tous en parlaient; mais personne n’avait de soi-même une assez haute idée pour mettre le premier la main à l’œuvre.
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XII i
Chacun pensait d’ailleurs qu'il n’y avait qu’un lieu dans lequel fussent réunies toutes les conditions désirables de succès :
c’était l’école de Paris. Le moment allait donc peut-être arriver où, l’accord étant ainsi établi entre les divers membres du corps euseignant, l’art d’instruire des sourds-muets serait entré enfin dans une ère nouvelle, lorsque tout-à-coup un prospectus annonça des Annales, publiées par un homme spécial , qui s’était d’abord choisi des collaborateurs principalement en dehors de l’institution, et avait fait ainsi de la pensée commune une œuvre personnelle et une propriété individuelle.
Aussi, la tardive démarche qu’il fit auprès de nous put d’autant moins nous déterminer à lui promettre notre coopération, qu’il n’avait, disait-il, ni la pensée ni l’intention de modifier sa publication, et que dès lors nous pensions qu’assez de personnes s’étaient associées , au moins nominalement, à cette œuvre toute matérielle, pour qu’il dût nous paraître
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superflu d’ajouter un nom insignifiant à tant d’illustrations diverses qui, de près ou de loin, concourraient, disait le prospectus, à la mise en activité de ce recueil.
Quoi qu’il en soit, à nos yeux , le levier puissant à l’aide duquel il semblait possible de forcer l’enseignement des sourds-muets à se mouvoir avec ensemble nous était enlevé pour longtemps; la solitude au sein de laquelle nous avions trop longuement vécu s’était étendue encore; l’immobilité était une conséquence forcée de l’isolement. Que faire alors? L’inaction était-elle donc permise à des hommes qui gémissent tous les jours de l’état de doute dans lequel ils voient tous les esprits; de l’indifférence^réelle ou affectée, qu’on manifeste partout pour une science dont souvent on admire avec exagération les résultats, et à laquelle on reproche parfois sans ménagements une stérilité et une impuissance qui pourtant n’existent pas? Fallait-il laisser se propager li-
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brement des préjugés ridicules, des préventions pénibles, des erreurs funestes ?
Le terrain d’ailleurs a-t-il donc été tellement remué, qu’aucun effort humain ne puisse plus le féconder? Sommes-nous enfin voués à une tâche tellement ingrate, que nous n’ayons plus rien de bon à attendre de l’étude, du travail et du temps?
Nous ne l’avon pas pensé ainsi ; mais nous avons regardé autour de nous, et nous avons’vu ledésordre partout dans les idées, etla stérilité la plus désespérante là où devrait régner la fécondité, et nous nous sommes incontinent mis à l’œuvre , mû plutôt par un vif amour pour le bien et un ardent désir de faire quelque chose d’utile , que soutenu parla conscience d’un talent dont, plus que personne, nous connaissons et nous redoutons l’insuffisance.
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