‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 20 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE I

toujours les funestes tableaux que nous présente notre triste humanité ? Aussi, rendons grâces aux hommes de bien qui, touchés de tant de calamités, ont consacré leurs soins, leur fortune et leur influence à en arrêter le cours. Honneur donc à vous, fondateurs des salles d’asile ! Mais honneur à vous surtout, qui avez conçu et propagé la pensée de l’utile institution des crèches, qui mettez ainsi à couvert de tant de dangers les enfants du pauvre, enlevez de précoces victimes à la mort, des malades aux hospices, des élèves aux successeurs de l’abbé de l’Épée, et conservez à la patrie d’utiles citoyens!

Ce n’est toujours que fort tard, et longtemps, par conséquent, après la naissance, que les parents acquièrent la triste certitude de l’infirmité dont leur enfant est frappé ; et alors même que le fait se produit avec une évidence désespérante, la mère cherche à prolonger le doute ; elle espère, se désole et espère encore ; mais quand enfin la vérité apparaît dans toute sa force, il faut bien se rendre à l’évidence. Alors la pensée se reporte en arrière ; on cherche à retrouver le souvenir d’un événement auquel il soit possible d’attribuer avec quelque apparence de raison un malheur accablant, dont aucune circonstance présente ne peut fournir l’explication ; et enfin étranger, le plus souvent, aux notions les plus élémentaires des lois de la nature, c’est à elle

que l’on impute presque toujours une calamité qui semblerait bien plus cruelle si on avait la pensée qu’elle pût avoir été produite par une autre cause qu’une force surnaturelle. Si cette croyance était en réalité le seul motif de consolation de eeux qui sont affligés d’un pareil malheur, il faudrait encore la respecter à cause des adoucissements qu’elle peut apporter à des maux cuisants ; mais il n’en est pas ainsi, et d’ailleurs n’y a-t-il pas un incontestable avantage à signaler les causes probables de la surdité? On peut ainsi en prévenir la reproduction. Beaucoup d’enfants sans doute naissent sourdsmuets ; mais un bien plus grand nombre le devient après la naissance et avant l’âge de dix ans, époque après laquelle il est rare que la surdité puisse dans tous les cas entraîner après elle le mutisme. Il serait d’ailleurs bien difficile de penser, ainsi que nous l’avons dit, que tous ceux dont l’infirmité est antérieure à la naissance (circonstance du reste qu’il est impossible de constater) aient été ainsi conçus. Si cela était en effet, et si dans les familles où i! y a plusieurs enfants la nature agissait toujours en vertu des mêmes principes, comme il est rationnel de le penser, tous les enfants seraient infailliblement atteints du même mal et au même degré. Si au contraire l’organisation vicieuse de l’un devait être imputée h un écart de la nature qui se

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