PARTIE I. — CH A
état de l’acquérir, sous la direction d’un maître habile , et dans un avenir dont il ne peut pas même fixer approximativement le terme (1). »
M. Itard ne comprenait rien à cette doctrine. Selon lui, la nature a mis entre l’ouïe et la parole des relations si étroites, que les sons que l’une entend, l’autre doit les répéter sans efforts, et d’autant plus promptement que le sujet ayant passé la première enfance est plus intelligent et a plus d’idées à communiquer. Il ne connaissait que trois ou quatre guérisons bien authentiques de surdité de naissance ; et partout il avait vu les progrès de la parole suivre de si près ceux de l’audition, que tout fait qui s’éloignait de cette règle, il le repoussait comme chimérique. « Ainsi, dit-il, on n’a jamais guéi’i et on ne guérira jamais par des insufflations d’air la surdité de naissance. Ce ne serait pas là une guérison, mais un véritable miracle ; car il n’appartient qu’à la Divinité qui a créé l’homme d’un souffle, de rendre d’un souffle, la vie à un organe. » Les aveux de M. Itard sont, comme on le voit, peu consolants ; car ce qu’il disait là de l’impuissance de l’air, il le répétait à l’occasion de chaque tentative qui pouvait être faite à l’aide d’autres moyens pour guérir la surdité ; et c’est parce qu’il
(1) Éloge historique de M. Itard, par M. Bousquet, lu à i’Acadéaiie royale de médecine.
la considérait comme incurable qu’il chercha par l’éducation à en atténuer les effets autant que possible. Dans l’état où est encore la science sur ce point, il serait presque superflu de chercher à connaître si, en effet, celui qui parviendrait à recouvrer l’ouïe aurait besoin des leçons d’un maître habile et d’un temps assez long pour apprendre à parler, comme l’a pensé le praticien qui a cru arriver à la destruction de la surdité par l’insufflation, d’un peu d’air dans les oreilles ; aucun résultat n’est venu sans doute couronner ses efforts; car s’il en eût été autrement , il n’y a nul doute qu’il ne fût revenu de son erreur à cet égard, et qu’il n’eût compris que rien n’est plus facile à l’homme qui entend que de répéter les sons. La prononciation de celui qui aurait ainsi recouvré l’ouïe ne serait certainement pas d’abord aussi pure ni aussi régulière que la nôtre , mais elle ferait de rapides progrès, et, en peu de jours, par le fait seul de l’audition et sans autre secours, elle deviendrait aussi nette et aussi parfaite que cela serait possible, eu égard à l’état de l’organe vocal, c’est-à-dire que le nouvel entendant bientôt ne parlerait ni plus mal ni mieux que s’il n’eût jamais été sourd.
Le procédé de l’insufflation de diverses substances liquides dans les oreilles n’est pas nouveau ; on l’avait mis en usage longtemps même avant qu’on