PARTIE I. — CHAPITRE I
s’occupât dans le monde de l’éducation des sourdsmuets ; on y est revenu depuis très fréquemment, êt parfois, il faut le dire, il serait difficile de se rendre bien compte des motifs qui ont pu déterminer les auteurs de ces expériences à faire choix des matières qu’ils employaient. 11 y a quelques années, un élève sourd-muet avait été spécialement confié à mes soins, et le père ayant entendu dire que l’on guérissait la surdité par des injections d’un liquide faites dans les oreilles à l’aide d’un tube de verre, me pria instamment d’y soumettre son fils. J’avais, à tort ou à raison, par suite de mes rapports avec M. Itard, une idée bien arrêtée sur le résultat négatif de ces sortes d’expériences; je consentis toutefois à faire ce qu’on me demandait, parce que je comprenais combien un père dans ce cas doit mettre de soins à ne laisser échapper aucune des occasions qui lui sont signalées comme pouvant améliorer la position de ses enfants. Les essais furent donc faits sous mes yeux, et lorsque l’injection avait eu lieu, le sourd-muet restait penché sur un vase qui contenait une espèce de liquide presque en état d’ébullition, dans lequel on avait fait infuser de l’anis. Il s’en dégageait et s’élevait alors une vapeur brûlante. L’enfant subit cette épreuve plusieurs fois malgré lui ; car il éprouvait par suite , et pendant plusieurs heures, de violentes
MUTISME ET SUfiDITÉ.
douleurs névralgiques ; des tintements se faisaient sentir dans ses oreilles, des tiraillements s’annonçaient dans sa face ; enfin, il était en proie à une sorte de frénésie fort difficile à calmer. Je crus d’autant plus prudent de faire cesser cette expérimentation qu’elle ne me paraissait pas être sans danger, et que d’ailleurs l’enfant ne s’y soumettait plus qu’avec une sorte d’effroi. Elle a peut-être été faite ailleurs, sinon avec plus de soins, du moins avec plus de persévérance ; mais je n’ai pas su qu’elle ait produit de meilleurs résultats.
Un procédé plus simple encore que l’injection, c’est le magnétisme ; mais son action n’a pas été plus bienfaisante, et la surdité a résisté à ses efforts, comme elle avait résisté à toutes les préparations de la chimie et à toutes les opérations chirurgicales. M. le baron Dupotet, auquel l’Académie des sciences avait confié quatre sourds-muets choisis parmi les plus intelligents de l’école de Paris, pour faire des essais, s’est trouvé dans l’impossibilité de justifier des plus petits résultats. Il n’en est pas, il est vrai, resté moins convaincu de l’efficacité des moyens qu’il avait employés. Mais, après tant de déceptions, il est permis d’être un peu incrédule, et l’Académie a bien fait de ne plus juger tous ces systèmes éphémères que sur leur application ; nous sommes convaincu quelle s’épargnera ainsi beau-