PARTIE I. — CHAPITRE I
l’appareil nerveux en a augmenté la sensibilité. Cela dure toujours aussi longtemps que les expériences ; mais lorsqu’elles viennent à cesser, le malade retombe dans l’état de surdité complète, tel qu’il était avant toute expérimentation : on lui a fait éprouver de vives douleurs, on a porté le trouble et la perturbation dans les parties qui avoisinent l’organe de l’ouïe, le cerveau lui-même ou ses membranes ont été parfois endommagés ; les sécrétions proviennent presque toujours alors de profondes lésions internes; et lorsque le malheureux échappe à cette torture physique qu’un espoir mensonger lui a donné la force de supporter jusqu’au bout, il n’en garde le plus souvent, comme souvenir, qu’un état habituel d’anxiété, des bourdonnements incessants, des crises nerveuses , et enfin un abaissement, sinon une oblitération complète des facultés mentales.
De tout cela donc il résulte de la manière la plus évidente que les ténèbres les plus épaisses régnent encore sur la plupart des questions qui se rattachent à la surdité de naissance ; que presque rien n’ayant été fait, il reste sur ce point bien des choses à faire encore. Mais la science est assez avancée toutefois pour qu’il soit permis de penser que çe n’est pas sans succès qu’elle poursuivra le cours de ses utiles investigations ; la statistique lui viendra en aide, les hommes de l’enseignement lui apporte-
ront aussi le modeste tribut de leurs observations: et un jour viendra, nous le croyons fermement, où non seulement cette funeste infirmité pourra être détruite dans la plupart des cas, mais aussi où elle ne se produira plus que dans les rares circonstances qu’il est impossible à la prudence humaine de prévoir.
Si la surdité était toujours le résultat de la même cause, et si c’était toujours la même partie de l’organe auditif qui fût attaquée, elle présenterait à peu de chose près toujours les mêmes caractères. 11 y aurait entre l’infirmité dont plusieurs individus seraient atteints, une uniformité parfaite. L’expérience toutefois prouve qu’il n’en est pas ainsi, et c’est à peine s’il serait possible de trouver deux sourds-muets dont l’état physique présentât des analogies telles qu’il fût possible de les considérer comme étant placés entièrement dans la même position. Les causes occasionnelles de la surdité sont donc infinies, puisque le mal qui en résulte diffère toujours, dans un cas donné, de celui qui s’est produit dans d’autres circonstances. Parmi les enfants qu’on voit réunis dans une école, il n’en est presque aucun qui soit sourd comme les autres. L’un entend légèrement d’une oreille certains sons, tandis que de l’autre il n’entend absolument rien; un autre n’est complètement sourd ni de l’une ni de l’autre