PARTIE I. — CHAPITRE I
oreille, mais il ne perçoit que des sons qui sont produits par une cause déterminée; des sons plus aigus, provenant d’une autre cause, n’arrivent pas jusqu’à lui. 11 en est qui pendant les temps humides n’entendent absolument rien, et qui, lorsque la température n’est plus chargée de vapeurs, perçoivent par une oreille, quelquefois parles deux, certains bruits; et, à mesure que la température s’élève, l’audition se développe en eux assez complètement pour que, lorsque le temps est parfaitement beau, leur organe de l’ouïe soit devenu sensible à tous les bruits un peu intenses. 11 y a dans l’école de Paris, en ce moment , un élève qui est devenu sourd à huit ans ; toutefois il ne l’est pas complètement, d’une oreille surtout ; mais il n’entend pas assez distinctement pour suivre la conversation. 11 lui arrive cependant, dans des cas très rares, d’entendre aussi parfaitement qu’autrefois ; mais cela dure une minute tout au plus, puis il n’entend plus rien.
Frappé enfin de cette observation, M. Itard crut pouvoir faire des sourds-muets réunis dans l’institution de Paris cinq grandes catégories, dans lesquelles il fit entrer arbitrairement, à notre avis, la classe entière des sourds-muets. Yoici comment il explique lui-même les règles d’après lesquelles il avait opéré cette division : « Divers degrés d’intensité compris entre une légère dureté d’ouïe et lapri-
vation absolue de cette fonction se font remarquer dans la surdité de naissance comme dans celle qui survient à l’âge de l’adulte; mais autant il serait superflu de s’arrêter sur les différences de celle-ci, autant il est important de marquer les degrés de celle qui nous occupe ; et quoiqu’il y ait ici entre le plus ou le moins des nuances infinies, on peut assigner à la surdité de naissance ou d’enfance cinq modes principaux, indiqués par les caractères suivants : 1° audition de la parole ; 2° audition de la voix ; 3° audition des sons ; k° audition des bruits ; 5° audition nulle, ou surdité complète ; ce qui permet de diviser les sourds-muets en cinq classes.
» La première classe , formée par les sourds de naissance doués de l’audition de la parole, est peu nombreuse, et forme à peine la quarantième partie des sourds-muets, d’après un relevé de l’état des enfants fait pendant une dizaine d’années. Ils sont doués, ainsi que l’annonce la classification; de la faculté d’entendre la parole ou la voix articulée, pourvu toutefois qu’elle soit plus lente, plus élevée, plus directe et plus rapprochée qu’elle ne l’est dans la constitution ordinaire. Dans cette première classe de sourds, nous trouvons encore l’oreille douée d’une faculté qui ne se présente pas dans les suivantes , celle de percevoir des aphoniques, c’est-àdire, ces inflexions que prend la voix humaine quand