PARTIE L — CHAPITRE I
grand. La surdité d’ailleurs, fût-elle complète, ne produit plus le mutisme , si elle ne se manifeste que vers l’âge de dix ans. Nous verrons plus loin quelle est la différence qui résulte, pour le développement des facultés intellectuelles, de l’âge auquel l’infirmité s’est déclarée , et même des événements qui l’ont occasionnée; mais il nous paraît démontré, quant à présent, que c’est sans raison que cette première catégorie a été établie, et qu’il est surtout contraire à toutes les données d’y faire figurer des sourds de naissance.
« Je comprends dans la deuxième classe, dit M. Itard, tous ces demi-sourds qui ne peuvent pas distinguer, bien qu’émis à haute voix, un grand nombre de sons articulés , autrement dits consonnes, quoique les sons inarticulés ou voyelles soient nettement perçus. Les sons articulés, qu’une surdité de ce degré rend très difficiles à saisir, sont particulièrement ceux qui sont le produit d’une articulation faible, tels que le ba, le da , le va, le ga, que l’oreille de ces sortes de sourds confond avec le pa, le la , le fa, le cha ; ainsi, pour eux il n’y a pas de différence entre boulet et poulet, daim et thym, vin et fin, gâteau et château.
«Cette classe, qui, de même que la précédente, est fort susceptible d’amélioration, m’a paru former à peu près le trentième du nombre total des sourds-
muets que j’ai vus depuis vingt ans se renouveler dans notre institution. »
C’est dans la surdité de six individus tout au plus que M. Itard a remarqué les caractères d’après lesquels il a établi cette seconde catégorie. Entre chacun d’eux il existait aussi des différences très appréciables dont il eût été intéressant de tenir note. Nous voulons toutefois seulement faire remarquer combien il paraît difficile d’admettre que celui qui a conservé assez d’audition pour entendre, non pas seulement les mots boulet , gâteau , etc. , mais aussi les sons articulés ta, fa, cha, ne puisse pas, en élevant un peu plus la voix, distinguer complètement ba, da, et ga surtout, dont la prononciation est aussi facile et aussi accentuée que celle du premier. Le sourd-muet, sans doute, fait cette confusion lorsqu’on lui apprend à parler à l’aide de moyens artificiels, parce qu’il y a entre les positions des organes , pour les deux articulations, des différences tellement peu appréciables, qu’il est presque impossible qu’il ne s’y trompe pas. A l’extérieur, les effets de la prononciation sont, à bien peu de chose près, les mêmes. M. Itard s’occupait de l’enseignement de la parole à l’aide de procédés que nous ferons connaître lorsque nous traiterons des moyens de communication qui existent entre le sourd-muet et le parlant, et il est