‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 31 sur 200 · PARTIE I. - CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. - CHAPITRE I

plus que probable que c’est à cette circonstance qu’il faut attribuer la distinction qu’il a mal à propos établie entre ces sourds et ceux qui font partie des autres grandes divisions.

« La troisième classe, continue M. Itard, douée, de l’audition de la voix, diffère de la précédente en ce que la parole n’est plus entendue, mais seulement la voix inarticulée dans les émissions simples qui ont reçu le nom de voyelles. Si vous prononcez, par exemple, derrière la tête d’un enfant sourd à ce second degré le mot chapeau, il répétera au hasard les mots râteau, taureau, château, rabot , et il résultera de cette épreuve qu’il n’aura saisi de ce mot que les deux sons simples a et o. Il s’aperçoit bien néanmoins que ces sons réunis aux consonnes ont acquis une plus grande intensité; mais son oreille ne peut connaître en quoi consiste cette modification. Aussi, peut-on remarquer que dans cette classe de sourds, la voix dont le développement accompagne toujours celui des facultés auditives. est rude et sans modulation, et que si elle offre quelques inflexions, presque toujours elles sont fausses. Cette classe est un peu plus nombreuse que la première, et je trouve, d’après mes observations, qu’elle peut bien former la vingt-quatrième partie des sourdsmuets.

» La quatrième classe comprend tous ceux qui,

insensibles à la parole, à la voix et aux sons, n’entendent que les bruits, et seulement les bruits violents , tels que le tonnerre, l’explosion d’une arme à feu , la percussion violente d’une porte, etc. Dans cet état l’oreille n’est pas tellement inapte à la perception des sons qu’elle ne puisse être stimulée par quelques uns; mais il faut qu’ils soient très intenses, comme ceux que rend une grosse cloche, ou qui résultent de la percussion du tam-tam ; encore arrivent-ils à l’oreille dépourvus de ces ébranlements prolongés qui constituent les sons , et ne sont-ils, rigoureusement parlant, que de simples bruits pour un sens qui se trouve restreint à une audition aussi bornée. Ce degré de cophose est très commun parmi les sourds-muets, et mes observations me l’ont fait constater sur deux cinquièmes au moins d’entre eux.

» La cinquième classe enfin, qui embrasse un peu plus de moitié, présente, comme je l’ai établi, une surdité complète. L’ouïe est entièrement abolie ; et si, malgré la privation de ce sens , les sourds de cette espèce se montrent en général sensibles aux bruits violents, aux fortes détonations de l'artillerie et de l’électricité atmosphérique, cette sensation est étrangère à l’oreille, elle s’opère par l’épigastre ou par les pieds, qu’impressionne la combinaison de l’air ou l’ébranlement du sol. »

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