‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 32 sur 200 · PARTIE L — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE L — CHAPITRE I

Ainsi, deux cinquièmes au moins des sourds n’entendent que des sons très intenses, comme ceux que rend une grosse cloche, et plus de la moitié n’entendent absolument rien ; d’où il résulte que, pour être plus vrai, M. Itard n’aurait eu que deux grandes divisions à établir, l’une comprenant ceux qui, ayant conservé un reste d’audition, perçoivent les sons plus ou moins élevés, articulés ou non, de la voix humaine ; et dans l’autre, ceux dont la surdité étant plus profonde, ne sont sensibles soit par l’oreille, soit par l’épigastre, les pieds ou les mains, qu’aux bruits des corps sonores. L’instrument appelé acoumètre, que M. Itard s’était fait pour apprécier avec exactitude les différents degrés de surdité, s’il eût été assez complet, lui aurait permis de donner à chaque individu une place isolée ; et nous pensons que depuis le sourd qui serait le moins défavorablement traité, jusqu’à celui dont la surdité serait absolue, il aurait trouvé des degrés infinis et des différences telles, entre chaque individu et tous les autres, qu’il ne lui eût pas été matériellement possible d’en ranger plusieurs dans des catégories comme celles que nous venons d’indiquer.

Quelle que soit d’ailleurs la différence qui existe entre les divers cas de surdité qui se sont produits, dès lors que les communications auriculaires sont

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impossibles, et que le mutisme est la conséquence forcée de cette position, les classifications résultant de l’appréciation plus ou moins exacte de l’état de chaque individu sont sans importance au point de vue de la physiologie ; mais il n’en est pas tout-à-fait ainsi pour ce qui concerne le développement des facultés intellectuelles. Il nous sera facile de démontrer plus tard que le plus ou moins de force de l’infirmité exerce une grande influence sur le siège des connaissances humaines, et que d’ailleurs certains moyens de communication d’idées sont plus efficaces lorsque l’ouïe n’est pas entièrement perdue, que dans le cas contraire.

Plusieurs auteurs ont prétendu que les facultés mentales étaient toujours considérablement affaiblies dans l’individu qui était sourd de naissance, et ils ont considéré l’idiotisme comme une sorte de corollaire de la surdité congéniale. Il est difficile de partager cette conviction, qui nous paraît reposer sur un faux raisonnement et être le résultat d’une appréciation erronée des causes déterminantes de la surdité.

Qu’entend-on d’abord par surdité de naissance? N’a-t-on pas reconnu et avoué que dans l’état actuel de la science, il était matériellement impossible de distinguer les cas où le mal remontait à une époque antérieure à la naissance? N’y a-t-il pas d’ailleurs

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