PARTIE I. — CHAPITRE I
deux ordres de surdité, celle qui est la suite d’un vice d’organisation, et celle qui est le résultat des accidents et des maladies éprouvées par la mère pendant la grossesse ? Quel est de ces deux ordres de causes occasionnelles de la surdité innée, celui qui produit le plus habituellement l’idiotisme? Serait-il possible de le dire? C’est donc là un préjugé qui, comme tant d’autres, est le résultat de fausses observations, et que les auteurs étrangers à l’enseignement, ne connaissant le sourd-muet que par des informations étrangères, se transmettent les uns aux autres en le fortifiant de tout le crédit qui s’attache à leur nom. Si ce fait était exact, il faudrait en conclure qu’il y a bien peu de sourds-muets de naissance ; car nous remarquons, parmi ceux qui sont admis à l’école de Paris, bien peu d’individus dont les facultés intellectuelles soient notablement inférieures à celles de leurs camarades, et presque toujours il est facile de reconnaître que ceux dont l’entendement est ainsi affaibli sont devenus sourds par suite de maladies graves qui ont vivement agi sur l’appareil nerveux ou altéré le système sanguin. Rien n’est plus aisé d’ailleurs que de comprendre qu’il doit naturellement en être ainsi, et que de tous les sourds-muets celui dont l’infirmité fait partie de l’organisation doit être doué d’une plus grande aptitude que les autres. La cause, en effet,
qui a occasionné la surdité n’a pu avoir d’action que sur l’organisation physique; l’infirmité ne s’est produite que parce qu’il y a eu dans les lois de la conformation matérielle un écart tout-à-fait local et qui n’a pu exercer aucune influence morbifique sur le principe de la pensée. Les maladies, au contraire, celles surtout qui livrent à la première enfance de si rudes et de si fréquents assauts, bien qu’elles n’aient d’abord d’action que sur l’organisation physique, jettent bientôt le trouble le plus profond dans le siège même des facultés mentales, et le moral est bientôt plus complètement altéré que les parties purement organiques et matérielles. Il y a dans tous les cas, entre ces deux principes, des rapports si intimes, qu’il est presque impossible que l’un subisse une mauvaise influence sans que l’autre ne s’en ressente aussitôt. Eh bien, lorsque cette influence a été telle qu’elle a pu détruire la régularité de l’organisation physique par la destruction d’un des principaux organes, n’est-il pas tout-àfait rationnel de croire que le principe intellectuel en aura reçu presque toujours aussi, sinon des altérations très profondes, du moins une lésion telle qu’il n’est plus possible à l’entendement de se livrer aux opérations par suite desquelles nos sensations se multiplient et rendent nos pensées plus nombreuses et plus fécondes?