‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 34 sur 200 · PARTIE I. - CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. - CHAPITRE I

Si les moyens de guérison employés jusqu’ici ont été impuissants contre la surdité, le temps lui-même, qui remédie si efficacement à tant de choses, n’exerce sur elle aucune influence salutaire. Peut-être est-il arrivé quelquefois que des sourds-muets, dont l’infirmité a été acquise à un âge plus ou moins tendre par suite d’une cause toute spéciale, aient recouvré spontanément l’ouïe ; mais combien sont rares ces sortes d’événements ! L’âge de la puberté lui-même, qui occasionne dans chaque individu de si salutaires révolutions, n’a jamais opéré la destruction de la surdité ; nous connaissons, au contraire, un sourdmuet qui, atteint par cette redoutable infirmité à un âge encore tendre, avait, après sa convalescence , conçu l’espoir d’une guérison prochaine : l’audition se développait en lui d’une manière assez progressive, lorsque les mouvements orageux de la puberté aggravèrent tout-à-coup son mal et rendirent son état plus déplorable qu’il ne l’avait jamais été. Plus tard, cependant, il recouvra presque une partie de la précieuse faculté qu’il avait ainsi perdue pour la seconde fois, mais il n’entend pas assez distinctement pour pouvoir suivre une conversation, ni pour que sa parole ait la pureté et le ton qui conviennent pour la rendre parfaitement intelligible. La surdité est donc de toutes les maladies de l’homme celle qui produit les effets les plus désas-

treux, qui a les conséquences les plus multipliées et les plus étendues, et celle dont il est jusqu’ici le moins possible d’espérer la guérison.

La première conséquence de la surdité, innée ou acquise en bas âge, est le mutisme, c’est-à-dire le silence. Le mutisme, en effet, n’est pas une maladie, pas plus lorsqu’il est le résultat de la surdité que lorsqu’il est produit par suite d’une profonde altération des facultés intellectuelles. Dans le premier cas, l’individu est muet parce qu’il est sourd ; dans le second, parce qu’il est idiot. Combien il existe encore d’hommes instruits, toutefois, qui ne comprennent pas cette vérité, et qui pensent que l’on peut naître sourd sans pour cela devenir muet. A leurs yeux la parole est un don de la Divinité qui existe par lui-même, et ils n’admettent pas que la suppression de cette faculté précieuse puisse provenir d’une autre cause que du dérangement des parties principales de l’organe même qui a été si merveilleusement disposé par la nature pour la combinaison des sons. Il serait superflu, aujourd’hui que ce préjugé est presque entièrement détruit, d’entrer dans des explications plus étendues pour prouver combien cette croyance est erronée. La parole artificielle enseignée aux sourds-muets dans les écoles, et les succès qu’on en obtient, en suppléant l’oreille par les yeux, ne démontrent-ils pas

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