‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 35 sur 200 · PARTIE f. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE f. — CHAPITRE I

surabondamment que si l’audition était rendue à celui qui en est privé, il apprendrait sans peine à répéter les sons qu’il entendrait, et parlerait bientôt avec toute la perfection désirable?

L’organe, toutefois, de la parole réduit à l’inaction , ne servant plus qu’à l’émission de quelques sons inarticulés que le sourd-muet prononce sans le vouloir et sans le savoir, perd dé son élasticité ; ses diverses parties s’engourdissent en quelque sorte ; les sons qui s’en échappent d’abord sont assez purs et ont avec ceux qu’émet l’entendant une assez grande ressemblance ; mais à mesure que le muet grandit, le tube vocal perd évidemment sa régularité primitive ; ses diverses parties essentielles n’ont plus la souplesse qu’elles avaient dans le premier âge, et la voix, qui d’abord était sonore et vibrante, devientflûtée, incertaine, et finit, dans beaucoup de cas, par n’être plus qu’un son caverneux, désagréable à l’oreille, ou un sifflement qui n’a plus avec la parole humaine aucune ressemblance. C’est pour cela qu’il est indispensable de commencer l’enseignement artificiel de la parole de bonne heure avec les enfants qui ont pour cela quelque aptitude. Non seulement ils s’y prêtent avec moins de répugnance, mais encore la facilité avec laquelle ils émettent les sons, les inflexions qu’il

leur est possible de donner à leur voix rendent cette étude bien plus profitable. Les enfants qui sont devenus sourds postérieurement à leur naissance , ceux surtout qui ont entendu les sons prononcés auprès d’eux, qui ont pu les répéter, se distinguent toujours des autres par un timbre de voix beaucoup plus pur ; et, bien que la surdité dont ils sont affligés soit aussi complète que possible, c’est peut-être là un des moyens les plus sûrs de reconnaître ceux qui n’ont contracté leur infirmité qu’après être venus au monde.

Ces altérations qui se font remarquer dans les parties essentielles du tube vocal ne s’étendent pas jusqu’à la langue , dont la coopération est indispensable pour les modifications qu’on fait subir au son, et sans laquelle il ne serait pas impossible de crier, mais tout-à-fait impossible de parler; peutêtre devient-elle moins mobile parce qu’elle acquiert, dit-on, dans certains cas, un peu plus de volume ; mais, en général, l’activité continuelle qui est inhérente à sa nature lui conserve toujours le même degré de souplesse et la ténuité qui lui est indispensable pour remplir ses fonctions. On ne saurait donc trop blâmer les hommes qui, dans un but louable sans doute, ont cru pouvoir soumettre cette partie de l’organe vocal à des médicamentations pour faire cesser le mutisme. Le ridicule même de

Page 1