‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 36 sur 200 · PARTIE L — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE L — CHAPITRE I

ces expériences ne suffit pas toujours pour empêcher qu’elles se reproduisent souvent avec des modifications qui parfois les rendent dangereuses pour la santé de celui qui y est soumis. M. Le Bouvier- Desmortiers rapporte qu’après avoir employé inutilement les vésicatoires, les purgatifs et une foule d’autres remèdes pour guérir un sourd-muet, le chirurgien qui le soignait ordonna , en désespoir de cause, de lui frotter la langue avec la moutarde la plus forte , et il ajoute que ces frictions occasionnèrent une telle inflammation à la langue, au palais et dans toute la tête, qui enfla prodigieusement, que le sang sortit abondamment par la bouche, par le nez et par les yeux. Ce résultat, toutefois, n’àvait pas déconcerté le praticien qui l’avait provoqué , et le malheureux enfant aurait eu encore à subir la même torture , si son père ne s’y fût formellement opposé. L’art de guérir est un talent bien précieux ; mais ceux qui l’emploient sans discernement et sans les connaissances nécessaires se rendent ainsi souvent bien coupables aux yeux de l’humanité.

Le mutisme peut, du reste, exister indépendamment de la surdité et de la lésion des facultés intellectuelles; mais alors il est le résultat d’une infirmité ou d’une maladie. Dans le premier cas, c’est à la médecine opératoire h, en chercher la guérison;

dans le second, il n’est que momentané et disparaît avec la cause qui l’a occasionné, cessante causa , cessât effectus. Il est rare, néanmoins, de voir des individus muets par défaut de conformation de l’organe vocal, et leur position, qui, d’ailleurs, n’est pas toujours irrémédiable, est de beaucoup préférable à celle des enfants qui sont muets par suite d’idiotisme ou de surdité. Le développement de l’intelligence n’en éprouve aucun obstacle ; ils reçoivent par l’oreille toutes les communications extérieures; et, ne pouvant parler, iis ont recours à l’écriture ou aux signes pour manifester leurs pensées.

Enfin, l’idiotisme, avons-nous dit, est ausi une cause de mutisme , parce que l’individu qui manque des facultés nécessaires pour penser, c’est-àdire, de l’attention, de la mémoire et de la réflexion, est, à bien plus forte raison, dans l’impossibilité d’imiter : or, la parole humaine est une œuvre d’imitation. Quand l’homme descend, par la privation de l’intelligence, au-dessous des animaux que dirige un instinct sûr, il manque des conditions essentielles pour apprendre les combinaisons dont se compose la langue parlée ; il ne peut donc faire usage d’une chose qu’il ne possède pas. M. Itard va plus loin encore; car il admet qu’il n’est pas nécessaire que l’entendement ait reçu des altérations qui l’anéantissent complètement ; il suffit, dit-i

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