‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 37 sur 200 · PARTIE I. — CHAPIPRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPIPRE I

toujours dans son Traité des maladies de l’oreille et de l’audition , pour produire le mutisme, de la suppression de la mémoire, de l’attention et du talent d’imitation. Nous croyons que le savant médecin s’est ici livré trop complètement aux suggestions de son imagination spéculative, qui l’a, du reste, parfois induit en erreur. Que reste-t-il donc à celui qui est privé de l’attention, de la mémoire et de la faculté d’imiter? Est-ce qu’alors l’entendement n’est pas lésé dans sa totalité? est-ce que l’idiotisme n’est pas aussi complet que possible? Que faut-il donc de plus pour que l’homme ait perdu complètement l’usage des facultés mentales qu’il tenait de la nature ? Il y a peut-être plusieurs degrés dans l’idiotisme, de même qu’il y en a plusieurs dans la surdité, et il serait sans doute intéressant pour le philosophe de connaître avec une parfaite exactitude tous les degrés de cette échelle descendante de la dégradation humaine ; mais cette étude reste sans attrait pour nous : car, lorsque l’altération des facultés mentales est telle que l’individu regarde sans voir et entend sans comprendre, le mutisme alors étant complet, nous n’avons pas à nous occuper de la question de savoir s’il reste encore en possession de quelques faibles lueurs d’intelligence. Cette prostration des forces morales peut être plus ou moins étendue , et alors le probabilisme a devant

lui un vaste champ ouvert ; mais de quelle utilité cela peut-il être pour le malheureux qui souffre et pour la société qui le plaint? Qu’importe la profondeur de la blessure, si la mort intellectuelle en est, dans tous les cas, la funeste conséquence !

La surdité, lorsque surtout elle provient de l’état vicieux du sang, c’est-à-dire, d’un principe morbifique général, est parfois accompagnée de quelque autre infirmité, ou de douleurs locales qui mettent souvent en danger un autre organe , et qui se reproduisent avec une périodicité désespérante. Mais l’état le plus funeste dans lequel puisse être placée une créature humaine est, sans aucun doute, celui où elle a perdu tout à la fois la vue et l’ouïe. Trois sens seulement restent à l'aveugle-sourd-muet, le goût, le toucher et l’odorat. Ces êtres si à plaindre sont heureusement fort rares ; mais la pénétration dont ils sont doués nous montre combien est puissant le principe intellectuel que Dieu a mis en nous.

Indépendamment des causes extérieures qui agissent sur l’organisation physique et en altèrent la parfaite harmonie, la surdité se présente, en effet, sous deux points de vue généraux ayant chacun un caractère bien différent ; elle est nerveuse ou humorale , c’est-à-dire que, par suite des causes morbifiques qui l’ontoccasionnée, c’est tantôt le système nerveux et tantôt le principe sanguin qui se trouvent

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viciés. Ces deux causes ont quelquefois un résultat commun , c’est la paralysie, au moins apparente, du nerf auditif ou des principales parties de l’oreille interne ; mais elles n’apportent ni dans l’économie animale, ni dans le siège des facultés intellectuelles, une perturbation aussi complète l’une que l’autre. 11 est presque certain, d’après tout ce que nous avons dit, que le sourd dont l’infirmité tient à une lésion des nerfs acoustiques ne peut guère attendre, ni de l’art ni du temps, une guérison qui, dans l’autre cas, qui est du reste bien plus fréquent, est, non pas plus facile quant à présent, mais plus probable pour l’avenir, par suite d’un dégorgement qu’on espère obtenir à l’aide de moyens encore inconnus.

Le résultat interne, sous le point de vue moral, est presque entièrement le même. La surdité, quelle que soit sa cause, met aux communications extérieures et aux conceptions intellectuelles le même obstacle. Aucune différence ne se fait remarquer, à cet égard, entre les individus qui en sont atteints par des causes distinctes; mais il n’en est pas ainsi par rapport à leur état purement physique : le sourd, qui l’est devenu par suite d’une altération ou d’un ébranlement de l’appareil nerveux, éprouve parfois des douleurs que l’autre ressent bien rarement. lise produit en lui, dans certains moments,

à certaines heures, et sous l’influence de certaines causes, des vertiges, des ébranlements, toujours incommodes, souvent douloureux, dans le cerveau ; des craquements et des tourbillonnements dans les oreilles ; des contractions de nerfs et des tiraillements sous-cutanés dans la face, presque toujours accompagnés d’une sensation douloureuse et d’une altération momentanée dans la physionomie. L’ouïe, du reste, n’en éprouve ordinairement aucune modification.

Celui, toutefois, qui est devenu sourd postérieurement à sa naissance, et surtout quelques années après, éprouve souvent d’autres symptômes qui rendent évidente la nature des causes de la maladie dont il est atteint. Le souvenir de la parole , qu’il a entendue, lui est resté, et parfois, lorsque le silence le plus complet règne autour de lui, il lève subitement la tête croyant qu’on vient de l’appeler ; ou bien , le bruit d’une cloche résonne à son oreille, et il est prêt à obéir à cet appel imaginaire. Il n’est presque pas d’individus qui ne ressentent ainsi, par suite de leur infirmité, un effet plus ou moins sensible et plus ou moins douloureux. A un âge déjà mûr, un des anciens élèves les plus instruits de l’école éprouve encore, dans les régions les plus voisines des nerfs acoustiques, des commotions électriques très violentes qu’il attribue, peut-être avec uste raison, plutôt

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