PARTIE 1. — CHAPITRE
aux expériences médicales qui ont été faites sur lui qu’à son état d’infirmité : chaque matin, lorsqu’il s’éveille, il se fait dans ses oreilles un mouvement de rotation semblable à celui d’une montre dont le ressort se détend. L’impression en est si vive qu’il est obligé de se presser les oreilles avec les mains ; et ce n’est qu’au bout de quelques minutes que le calme se rétablit dans l’intérieur d’un organe qui ne manifeste plus son existence problématique que par la douleur.
Le sourd-muet, au contraire, qui est devenu tel par suite d’une altération du système sanguin, a souvent des dispositions très fâcheuses pour les scrofules ; mais il n’éprouve presque aucun des symptômes que nous venons d’indiquer: son cerveau est en quelque sorte à l’abri de ces agitations fébriles ; sa physionomie est ordinairement calme, et aucune contraction des nerfs ne s’y fait remarquer. Mais il n’en est pas plus heureux pour cela ; car le principe morbifique qui l’a privé de l’ouïe agit encore sur son organisation physique tout entière, et laisse se manifester souvent à l’extérieur des preuves de son action destructive. Les scrofules, la teigne, les écoulements purulents, et toutes les affections cutanées qui témoignent de l’état vicieux du sang , et surtout de l’altération progressive qu’il subit, se produisent en lui, ébranlent sa santé, compromet-
tent souvent son existence. Parmi les individus qui rentrent dans cette catégorie, on en voit quelques uns qui sont presque habituellement dans un état de somnolence complète ; leur physionomie est pâle , parfois livide, et leur esprit inerte. Ils manifestent surtout une complète indifférence pour l’étude. Vivant au jour le jour, par pur instinct, comme des êtres abrutis, indifférents à tout, n’avant en quelque sorte ni peine ni plaisir, jouissant de la vie matérielle sans la moindre préoccupation de ce qui pourra leur arriver ensuite, sans garder le souvenir du moment heureux ou malheureux qui vient de s’écouler, ils sont fort à plaindre assurément, quoique le calme parfait de leur existence leur épargne bien des douleurs. Mais cette existence, ainsi amoindrie, ne peut avoir une longue durée, car le mal qui les consume se développe bientôt, et lorsque est arrivé le terme de cette décomposition lente, mais toujours progressive, un catarrhe , déterminé par la cause souvent la plus légère, les mène au tombeau. La mort, du reste, pour eux, n’a rien d’effrayant. Pourquoi la craindraient - ils? ils n’ont éprouvé sur cette terre aucune satisfaction, et l’avenir est pour eux sans espérance. Le sourd-muet, d’ailleurs, en général, envisage la mort avec sangfroid ; il supporte la douleur avec fermeté, sait se résigner aux maux les plus violents, et craint rare-