PARTIE T. — CHAPITRE I
ment le danger, auquel il s’expose avec une hardiesse remarquable.
Cette fâcheuse situation, qui tient à l’infirmité du sourd-muet, est loin d’être générale, et n’a pas toujours les conséquences funestes dont nous venons de parler. Elle n’est d’ailleurs pas irrémédiable ; l’activité incessante dont le sourd-muet est doué, en développant ses forces musculaires, détruit souvent le germe des maladies qui menacent son existence. On peut aussi parvenir, dans les écoles, à atténuer les déplorables effets de cette mauvaise constitution par un régime alimentaire convenable; car une nourriture saine et bien préparée remédie aux maux qui sont la conséquence de l’altération des humeurs.
On a cru remarquer aussi plusieurs fois que les muscles pectoraux des sourds-muets avaient moins d’énergie et la cavité de la poitrine moins d’étendue que dans l’homme qui parle, et on a cherché à expliquer ce fait par le défaut d’exercice suffisant des poumons. Cela ne démontrerait-il pas aussi pourquoi les maladies dont le siège se trouve dans cette partie du corps, telles que l’inflammation , les oppressions , l’hydropisie, etc., sont presque toujours mortelles? C’est cette pensée, dans tous les cas, qui a fait émettre plusieurs fois le vœu que la parole fût généralisée dans les écoles, non pas assurément pour qu’ils pussent s’en servir
Vx MUTISME ET SURDITÉ,
dans les communications ordinaires delà vie, et :-e mettre ainsi sur un pied de parfaite égalité physique avec nous : Dieu seul a pu faire de tels miracles ; mais afin d’augmenter en eux les forces vitales. Il est vrai que les sourds-muets crient souvent , et il est bien rare d’en trouver dont le silence soit absolu ; mais il est utile de remarquer que le murmure, parfois très désagréable à entendre, qui accompagne presque toujours la gesticulation de beaucoup de sourds-muets, n’est pas produite par un mouvement particulier des poumons ; il est seulement le résultat du passage du souffle à travers les cordes vibrantes de la glotte. Ce n’est d’ailleurs que fort rarement que ce bruit se manifeste avec force; il serait donc possible, et fort utile peut-être, d’exciter en eux, par des exercices d’intonations régulières, le développement musculaire qui semble être produit, dans les autres hommes, par l’usage de la parole.
Mais si cette sorte de gymnastique médicale n’est que d’une importance très contestable, il ne saurait en être de même de celle qui s’applique à toute l’organisation physique. Nous l’avons vue pendant plusieurs années utilisée dans l’institution de Paris. Les élèves s’y livraient avec une ardeur incroyable , et en peu de temps leurs progrès avaient été si rapides, que plusieurs d’entre eux étaient devenus les émules, souvent heureux, des parlants de leur âge