PARTIE 1. — CHAPITRE I
ne permet pas à l’individu de se rendre compte de l’effet désagréable que produit à l’oreille ce mouvement irrégulier ; la seconde est l’abaissement de l’intelligence ; et lorsque cet état se prolonge dans le sourd-muet, c’est presque toujours un indice certain qu’à l’infirmité connue se joint une grande faiblesse des facultés intellectuelles. S’il en était autrement, le sourd-muet, dont l’amour-propre est souvent excessif, qui généralement est soigneux de sa tenue, et qui d’ailleurs accorde aux qualités physiques dans les autres un très grand prix, ne tarderait pas à remarquer ce que cette habitude a de disgracieux , et s’en corrigerait au plus vite.
On remarque parfois aussi en eux une inégalité de caractère dont les variations sont difficiles à expliquer : après avoir montré la gaieté la plus franche, ils tombent tout-à-coup dans une sorte d’abattement, leurs forces physiques paraissent dans un état d’affaissement complet, leur physionomie est immobile, leur regard fixe; on les dirait alors absorbés par une sorte d’extase contemplative. C’est plutôt, du reste, dans l’isolement de la vie de famille que dans les réunions des écoles, au milieu desquelles règne presque toujours une joie bien expansive, que cet état se manifeste. L’usage des signes et la part que le mouvement de la face prend à l’expression de leurs sentiments, leur font contracter en
outre l’habitude de certaines contorsions du visage dont quelques uns d’entre eux ne se débarrassent jamais complètement, et qui, quelquefois, donnent à des physionomies très régulières un aspect disgracieux. Il suffit, quand ils ont de l’intelligence, ce qui est très habituel, de leur faire sentir le ridicule de ces sortes de tics, pour qu’ils ne négligent rien pour s’en corriger.
Les sourds-muets instruits qui habitent les villes ont des occasions nombreuses pour sortir de l’isolement auquel leur infirmité semble les condamner. Us fréquentent les sociétés , dans lesquelles on les accueille en général avec plaisir ; et au milieu des plus nombreuses réunions, ils savent se rendre intéressants et se procurer des distractions. Rien alors, si ce n’est leurs signes, ne trahit leur état d’infirmité ; la satisfaction la plus pure est répandue sur leur physionomie ; et néanmoins on les voit bientôt, pour peu qu’ils soient livrés à eux-mêmes, devenir tristes, pensifs, et comme accablés par le sentiment de l’inégalité de leur position. Il est rare cependant que leur état leur fasse éprouver de la douleur. Cette taciturnité qui se manifeste en eux provient de ce que leur attention, qu’aucun mouvement extérieur ne vient détourner, se replie sur elle-même; ils sont alors absorbés par les réflexions et les pensées de toute nature que font naître dans leur esprit les évé-