PARTIE I. — CHAPITRE I
c’est à l’aide du tambour , que beaucoup d’élèves battent avec une grande régularité, que s’exécutent les mouvements généraux ; qu’on parvient à exciter en même temps l’attention de tous, et qu’on les force à s’éveiller le matin en sursaut, lorsque l’heure du lever est venue. Nous en avons vu aussi qui appliquaient contre les parties de leurs corps, dont la sensibilité était le plus développée, de petits instruments de musique grossièrement faits, et même d’autres qui jouaient très bien des castagnettes.
Nous avons déjà dit que la cavité de la poitrine et les muscles qui l’avoisinent présentent en général dans le sourd-muet moins de développement que dans le parlant, et que cela peut provenir du défaut d’exercice suffisant des poumons ; quelques médecins, et de ce nombre était M. Itard, ont pensé que, de cet état de choses, il devait résulter pour le sourd-muet une fâcheuse prédisposition à des affections pulmonaires, dont la marche rapide met presque toujours leur vie en danger. D’autres personnes ont cru remarquer aussi que, par suite de la même cause sans doute, la vie du sourd-muet se prolongeait rarement, dans tous les cas, au-delà de l’âge mûr. Il est rare, dit-on, que la vieillesse vienne blanchir leur tête, et il semble que, doués d’une organisation plus vive, ils usent plus rapidement leur existence dans la multiplicité de mouve-
ments que leur situation leur impose. Ce raisonnement tire en apparence sa force du calme dans lequel se maintient l’aveugle, qui prolonge, dit-on, ainsi son existence le plus souvent jusqu’à la dernière limite de la vie humaine. M. Dufau, un des hommes les plus capables qui jusqu’ici se soient occupés en France de l’éducation des aveugles, a développé cette idée avec d’autant plus d’autorité que, connaissant mieux que personne les malheureux au soulagement desquels il a consacré son existence et ses talents, il a souvent associé à leur cause celle des sourds-muets. Nous croyons, toutefois, quelque respectable que soit cette opinion, qu’il n’y a rien de fort exact dans cette appréciation de deux positions qui, bien qu’essentiellement différentes, semblent, par leur contraste même, se rapprocher et s’unir par une sorte de lien moral. La vie, en effet, s’entretient par le mouvement ; non pas sans doute par une tension continuelle et forcée des organes, mais par un exercice convenable des forces musculaires que la nature nous a données. Une inactivité complète serait bientôt suivie d’une sorte d’atonie et ensuite de la mort. Or, si l’aveugle ne s’agite pas ; si, comme il est facile de le comprendre, il ne court jamais, il est dans une condition d’existence physique bien plus défavorable que le sourd-muet, qui, lui du moins, vit plus par