‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 46 sur 200 · PARTIE L — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE L — CHAPITRE I

le corps que par l’esprit, et dans lequel les organes de la locomotion sont soumis à un exercice convenable dont profite toute l’organisation. Si d’ailleurs on remarque beaucoup d’aveugles âgés , ne serait-ce pas parce qu’on le devient à tout âge, et surtout dans la vieillesse, tandis que la surdité, dont le mutisme est la conséquence fatale, est une infirmité que l’enfance seule a à craindre? Si on voit peu de sourds-muets vieux, c’est aussi parce qu’ils vivent retirés au sein de leurs familles ou dans les hospices ordinaires. Ils n’ont pas, comme l’aveugle , le trottoir et une flûte pour gagner leur pain ; conduits d’ailleurs par la vue, rien extérieurement ne les signale à l’attention des passants, comme le fait le chien que l’aveugle a pour guide.

Les faits les plus positifs viennent en outre donner le démenti le plus formel à toutes ces assertions. Nous n’avons malheureusement pas d’occasions de voir les sourds-muets après leur sortie de l’école; car il n’existe pas pour eux un hospice des Quinze- Vingts où ils puissent trouver un asile dans leur vieillesse et un abri contre la misère, et c’est là encore un des graves reproches qu’ils ont le droit d’adresser à la société. Sa sollicitude pour eux, en effet, est bien peu active, puisque non seulement leur éducation, comme si elle était encore à l’état d’essai, ne s’adresse qu’à un petit nombre deprivi-

légiés du hasard ou de la faveur, mais encore on n’a parmi nous aucun souci de ce que peut et doit produire pour leur bien-être l’éducation que reçoit ce petit nombre. On leur donne , tant bien que mal, un instrument dont l’usage leur est en quelque sorte interdit; on leur laisse ainsi entrevoir toutes les jouissances que procure aux autres hommes la vie sociale, mais, nouveaux Tantales, ils n’ont pas le droit d’y toucher. Ce n’est pas ainsi que plusieurs des États de l’Europe ont compris l’exercice de la bienfaisance, et on ne saurait trop louer ceux qui tiennent pour eux en réserve un certain nombre de places. Quoi qu’il en soit, cet état d’abandon les force à chercher de bonne heure, au sein de leur famille, une retraite, et ils y vivent dans le calme et l’isolement souvent jusqu’à une extrême vieillesse.

Un fait particulier, dira-t-on sans doute , n’est pas une preuve ; nous croyons cependant devoir en citer ici un que nous a fourni le hasard. Un sourdmuet, élève de l’abbé de l’Épée, est resté, par une exception qui s’explique difficilement, mais qui, dans tous les cas, n’a rien que de très louable, attaché sans emploi déterminé à l’institution qu’il a vu fonder, et dont il était un des premiers élèves. L’abbé Sicard, et après lui trois ou quatre directeurs , ont passé, et le sourd-muet, qu’une affreuse

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