CHAPITRE IL
QUALITÉS MORALES DU SOURD-MUET , SES DÉFAUTS, SES AFFECTIONS , SES PENCHANTS , SON CARACTÈRE.
La civilisation n’est autre chose que le perfectionnement du cœur de l’homme, par le mouvement progressif des idées; mais rien n’est plus contraire aux progrès de l’intelligence humaine que l’isolement. Livré à lui-même, réduit à ses propres forces, ignorant dans l’art de penser, comment l’homme pourrait-il étendre ses connaissances? En vain la nature déploierait-elle devant lui toutes ses merveilles ; il verrait toutes ces choses, qui révèlent partout la suprême intelligence de leur auteur, avec la plus froide indifférence ; borné à la vie purement animale, n’obéissant en quelque sorte qu’à des impulsions instinctives, les actes qu’il accomplirait seraient presque toujours les mêmes, et ils se reproduiraient dans un ordre parfait. Ainsi, il n’aurait en quelque sorte que des habitudes; son existence serait donc pour lui sans aucun charme; et si le sentiment de la conservation , ce besoin naturel que