‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 5 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE L · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE L

Les facultés intellectuelles que l’homme a reçues de la nature ne peuvent être mises en activité que par les sens. La vue d’abord saisit les objets extérieurs et les transmet à la mémoire ; la réflexion s’en empare presque aussitôt, et c’est ainsi que les pensées se produisent et qu’elles naissent pour ainsi dire l’une de l’autre. L’intelligence de l’homme observe, compare et juge ; mais la vue n’agit que sur les objets placés immédiatement en sa présence et qui ont des formes perceptibles ; or, ce n’est là qu’une petite partie du domaine de la science. L’homme, d’ailleurs, se trouve ainsi livré à lui-même, et, s’il voit mal les choses, s’il n’en saisit pas tous les caractères extérieurs, s’il apprécie mal leurs rapports, il juge mal de leurs qnalités et conçoit des idées fausses. Il ne profite en rien de l’expérience et du savoir des autres ; il est isolé, et, réduit à ses propres ressources, sous le rapport intellectuel, il n’a que des idées rares, sans lien, et dont rien d’ailleurs ne peut lui garantir la justesse.

Quelque puissant que soit le secours que la vue prête à l’intelligence, il existe donc un sens plus favorable encore au développement des facultés humaines, et ce sens est celui de l’ouïe. Par lui, en effet, l’homme profite souvent, indépendamment même de sa volonté , de l’expérience des autres ; de toutes parts la tradition auriculaire lui commu-

nique les précieuses conquêtes de la civilisation ; les aperçus, les raisonnements, les calculs, les méditations des autres, qui sans cesse arrivent par cette voie si sûre jusqu’à son intelligence, imposent à son esprit une activité continuelle. Le désir d’apprendre excite sans cesse son attention, et son imagination jette bientôt un charme irrésistible sur toutes les richesses répandues avec profusion autour de lui par la nature, la science et l’industrie. Il veut tout connaître et tout apprendre, il redouble d’efforts, et son ardeur ne redoutant plus aucun obstacle, il s’élève bientôt au niveau des hommes les plus éclairés.

Ce n’est pas toutefois que le sens de l’ouïe ne puisse nous induire en erreur aussi bien que la vue; lorsque surtout il est privé du secours qu’il en tire, il peut facilement nous tromper, et faire naître dans notre esprit de fausses appréciations. Mais combien de moyens l’homme n’a-t-il pas alors de réparer les omissions ou les erreurs involontaires qui ont égaré son jugement ! Partout autour de lui les perceptions de l’ouïe se multiplient et s’étendent, soit qu’elles s’enchaînent, soit qu’elles viennent à de longs intervalles renouer les liens rompus. La mémoire facilite ces rapprochements et la comparaison leur donne plus d’attraits et de fixité. C’est donc là que, pour nous, toutes les vérités prennent leur source, que toutes les connaissances

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