‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 6 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE

positives commencent ; c’est par là enfin que l’entendement de l’homme se fortifie, et que son cœur apprend à ne pas rester insensible aux douleurs, aux joies, aux affections humaines. Voilà pourquoi l’aveugle, quoique privé d’une des plus belles facultés physiques dont la Providence ait doué l’homme, est encore bien supérieur au sourd-muet sous le rapport du développement intellectuel et moins éloigné du reste des hommes qui jouissent de toutes leurs facultés. L’ouïe lui apprend de bonne heure à juger sainement des choses qu’il ne voit pas; la nature est animée par lui; et, si elle ne vient pas charmer son regard par l’infinie variété de ses formes et de ses couleurs, en échange, il en connaît avec exactitude toute la richesse, tous les secrets. Sans plus d’efforts que les hommes qui entendent et qui voient, il peut charmer l’ennui de son existence matérielle si triste par la méditation et les nombreuses images dont les relations auriculaires viennent peupler sans cesse son esprit. Tout cela manque au sourd-muet, qui n’a pour lui que lui seul et le spectacle ravissant des tableaux de la nature. Mais comment les voit-il? La philosophie est-elle venue lui apprendre à bannir la funeste torpeur qui règne sur toute sa personne? Peut-il se débarrasser de cette froide indifférence qui s’étend sur tout ce qui ne tient pas immédiatement à ses besoins ou

à ses plaisirs? Est-ce que les richesses de la nature frappent assez son regard pour éveiller et exciter son attention? Où a-t-il appris à méditer sur les lois de la nature et la conformation des êtres qui passent devant lui dans une sorte de scène fantasmagorique, dont il ne démêle ni les beautés, ni les ridicules, ni les imperfections ?

Il y a donc d’abord, hâtons-nous de le dire, entre les deux principaux organes qui concourent avec le plus d’activité au développement de l’intelligence et à la perfectibilité humaine une grande différence. La coopération de l’ouïe est incontestablement la plus efficace, et dès lors la surdité occupe le second rang parmi les infirmités de l’homme. De là il résulte donc que, dès le principe et en ne le considérant que sous le point de vue de son existence morale et intellectuelle, le sourd-muet est dans une position plus défavorable que l’aveugle.

Il nous reste à démontrer toutefois que, par l’étude et grâce aux conquêtes de l’esprit humain, cette position change, et que bientôt acquérant, à l’aide de la vue, des connaissances aussi variées et aussi étendues que celles que l’audition procure à l’aveugle, il ne trouve plus dans son infirmité qu’un obstacle matériel aux communications directes et orales avec les autres hommes, obstacle que la science a considérablement amoindri, et que l’art

Page 1