‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 52 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE II

soient accordées immédiatement à ceux qui font bien. Si d’ailleurs le sentiment du bien et du mal s’acquiert et se développe, lui , qui n’a pu l’acquérir , saura-t-il jamais qu’il y a des actions bonnes et des actions mauvaises, s’il ne tient pas de la nature le moyen de les apprécier? Si, comme on l’a dit, les mots vice et vertu n’ont pas de signification absolue , puisque, dans divers pays, ils s’appliquent à des choses différentes, il n’aura pas la moindre idée de ces appréciations ; car il n’est pas possible qu’il se rende de lui-même compte de l’accord tacite qu’on suppose exister entre les hommes, et qui fait qu’on est convenu de regarder une chose comme plus digne d’éloge ou de blâme qu’une autre ; ce qui fait aussi que certaines actions passent pour vertueuses dans un lieu, tandis que dans un autre elles n’ont pas le même degré de mérite.

Les faits, comme on le verra, prouvent combien tous ces raisonnements sont mal fondés. Il est bien certain que toutes les idées morales n’ont pas partout la même force ni la même valeur, surtout celles qui résultent d’une appréciation plus ou moins délicate de la nature des choses ; non seulement elles ne sont pas les mêmes dans différents lieux , mais dans le même pays elles sont diversement considérées, selon le plus ou moins de sensibilité morale des hommes: ce sont dès lors des

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applications variées d’un principe commun, de simples nuances d’appréciation de règles immuables, éternelles, universelles, que tous les hommes comprennent et observent aussi longtemps que des préjugés ou l’influence funeste des relations perverses n’ont pas égaré leur raison et étouffé en eux la voix de la conscience ; et souvent, lors même qu’ils n’entendent plus cette voix intérieure , elle leur sert encore de guide ; et lorsqu’ils s’arrachent aux suggestions fâcheuses du vice, c’est elle qui leur fait éprouver de la honte et le repentir d’avoir méconnu ses sages inspirations, à l’empire desquelles il ne nous est pas plus possible de nous soustraire définitivement qu’à la matière de penser par elle-même, et au corps de se mouvoir et d’agir sans la volonté de l’âme qui le gouverne.

Ces vérités si salutaires peuvent-elles être plus clairement démontrées que par l’examen attentif de l’état moral du sourd-muet ? Son entendement, hermétiquement renfermé sous une enveloppe matérielle , n’est pas même, comme on l’a dit de l’homme qui est en possession de la plénitude de ses sens , une intelligence desservie par des organes ; il en possède quelques uns, il est vrai, mais ils lui font voir la nature sous des apparences souvent trompeuses ; il ne peut recevoir de nous aucune communication propre à rectifier ses idées ; et, par

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