‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 54 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE II

drait, à l’aide de la vue et de la réflexion seules, à un degré de perfectionnement tel que rien ne permettrait plus bientôt de remarquer son origine ? 11 est évident que cela serait de toute impossibilité. Eh bien, le sourd-muet est dans une condition bien plus défavorable encore. Homme incomplet sous le rapport physique, il faut qu’il fasse des efforts inouïs pour apprendre notre langue, et lorsqu’il est enfin parvenu à l’écrire assez correctement, il est indispensable qu’il s’initie à toutes les exigences de la sociabilité. Les hommes qui jouissent de tous leurs sens pèchent parfois contre ses règles, et l’on voudrait que les sourds-muets n’y manquassent jamais ! Il est vrai que sous un rapport au moins ils possèdent un avantage précieux ; leur intelligence est neuve en quelque sorte, et leur cœur est libre de toutes les mauvaises passions qui résultent des relations ordinaires de la vie : or, mieux vaut assurément l’absence complète des connaissances qui fortifient la raison que l’existence de mauvais germes, qu’il est difficile d’extirper; gangrène morale dont l’action pernicieuse porte à l’âme de si rudes atteintes.

Les sourds-muets, du reste, ont été bien rarement compris, et leurs qualités et leur aptitude remarquable n’ont pas été seulement méconnues en dehors

des écoles par ceux qui, leur étant étrangers, n’avaient eu ni le temps ni la possibilité de les connaître, mais même dans les écoles, où la bienfaisance les retient pour mettre à profit les précieuses dispositions qu’ils tiennent de la nature, cette marâtre qui, sous un autre rapport, les a si cruellement traités, on ne les apprécie pas toujours comme ils méritent de l’être ; et c’est souvent, hélas ! les hommes qui auraient dû le plus les étudier et le mieux les comprendre qui se sont montrés les plus injustes à leur égard ; presque toujours ils les ont considérés comme une classe d’infirmes d’autant plus à plaindre qu’à leurs yeux c’était plutôt encore l’homme moral que l’homme physique que la surdité avait atteint; et au lieu de chercher à remédier à cette situation, dont on s’exagérait souvent outre mesure les désavantages, on s’efforcait de persuader aux autres que tout ce qu’il était possible et raisonnable de faire pour eux, c’était de prendre le soin le plus convenable de leur existence physique, et d’abandonner l’intelligence à toutes les horribles conséquences d’un désastre qui était, disait-on, l’œuvre de Dieu, et qu’il n’était pas possible aux hommes de réparer. Yainement, à côté de ces enfants si défavorablement jugés, se montraient, comme une preuve vivante de la fausseté de ces coupablesmaximes,des hommes érudits, dont l’éducation a fait, malgré la surdité native, des êtres pensants,

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