PARTIE !. — CHAPITRE II
former les projets les plus louables. « Quand je quitterai cette école, écrivait hier encore dans sa composition un de mes élèves , qui commence sa cinquième année d’études, je serai bien content d’aller à Mâcon pour voir mon bon père et ma bonne mère, qui, Dieu merci, se portent toujours bien. Je travaillerai avec beaucoup d’ardeur de mon état ; on me donnera de l’argent, et je serai bien aise d’en donner à mon père et à ma mère pour les nourrir avec soin ! » Quel est donc l’enfant parlant de cet âge, qui pense , je ne dirai pas mieux, mais seulement aussi bien que cela? Et il n’est pas de jours où nous n’ayons la possibilité de nous convaincre que tous ont des idées aussi remarquables, et qu’il n’en est aucun dont les sentiments ne puissent être ainsi hautement avoués.
Légers, frivoles, sans nul souci pour l’avenir , qui cependant n’est pas sans incertitude, sans nul souvenir du passé, qui ne fut pas toujours sans amertume, les sourds-muets coulent, il est vrai, leurs jours au sein du bien-être que l’institution leur procure, comme si ce bien-être n’avait jamais eu de commencement , et surtout comme s’il ne devait avoir aucune fin. Ardents aux jeux, prompts à l’étude, ils passent de la récréation à l’étude, et de l’étude au travail, sans efforts, sans contrainte, sans murmure, avec un certain laisser-aller, qui cependant
n’a pas son origine dans l’apathie ou l’indifférence , mais plutôt dans le sentiment du devoir qui est profondément gravé dans leur âme ; car ils se plient aux exigences de la discipline par suite d’une impulsion tout-à-fait instinctive et en quelque sorte irréfléchie. Et cependant presque tous ceux qui ont voulu parler de leurs mœurs sans les bien connaître, les ont parfois représentés comme étant d’une physionomie sombre, d’une humeur chagrine et d’un caractère taciturne. « Ils sont graves et tristes, dit M. Dufau, tandis que les aveugles sont toujours enclins à la gaieté. » C’est là, une erreur qui s’explique par le silence forcé qu’on leur voit observer dans le monde, où le sentiment pénible de la solitude qui les environne les accable ; mais dans les écoles, là où le mutisme domine, là où il n’y a de muets que ceux qui parlent, leurs physionomies sont ouverteset partout règne cette gaieté folle qui est le plus bel ornement du jeune âge. Leurs jeux sont animés et remplis d’incidents les plus variés et les plus ingénieux ; et rarement l’ennui s’empare d’eux et vient assombrir l’intéressant tableau que présente dans leurs réunions cette continuelle animation. La curiosité publique, qui les poursuit encore avec une certaine importunité dans les lieux publics , ne ralentit pas leur activité. Quelques signes énergiques, échappés aux plus impatients , témoignent seule-