‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 66 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE II. i · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE II. i

apparences d’une santé parfaite ? On est, en le jugeant sur son extérieur, disposé tout d’abord à l’accuser de paresse, et on croit à peine à son infirmité , quand elle est alléguée. On craint d’être victime d’une duperie, et on se rend injuste et presque cruel par la crainte d’être trompé. Le sauvage de l’Aveyron lui-même, cet idiot trouvé dans les bois de la Caune, ne se vit-il pas un jour contester aussi les tristes avantages de sa position ? Le 22 thermidor an vm, un sieur Feydel fit insérer dans le Journal de Paris une lettre par laquelle il offrait de prouver que le prétendu sauvage de l’Aveyron n’était qu’un petit comédien qui jouait passablement son rôle. Nous regrettons de ne pouvoir citer ici le singulier jugement qui intervint entre l’auteur de la lettre et un sieur Capelle qui avait accepté la gageure. Toujours est-il que le malheureux sauvage de l’Aveyron avait été calomnié et que, malgré son effrayante stupidité , qui sautait à tous les yeux, s’il se fût trouvé dans la nécessité d’implorer l’assistance des autres, i? aurait rencontré bien des gens qui, par intérêt ou par conviction , auraient adopté l’opinion de son détracteur.

Qu’on cesse donc d’imputer aux sourds-muets des torts qu’ils n’ont pas, et surtout d’attribuer à la position que leur a faite leur infirmité des faits qui tiennent à des causes toutes différentes ; qu’on les in-

struise, et qu’on leur donne un état, etl’on verra bientôt que, citoyens utiles, ils sauront, mieux que personne, donner à tous l’exemple de la soumission aux lois, dont l’existence leur est d’abord révélée par cet éternel principe d’équité que possède tout homme venant dans Ce monde, principe qui est la base de toute morale, parce qu’il est le fondement de la raison humaine.

Dans la société, on est, en général, porté par un attrait irrésistible vers ceux qu’une similitude de goûts, de position ou de fortune, rapproche le plus de nous : Qui se ressemble s’assemble, dit un vieux proverbe ; il n’est donc pas étonnant que les sourdsmuets manifestent un penchant naturel à se trouver réunis, à se former en société, à faire en quelque sorte bande à part : le lien de leur infirmité les tient étroitement unis les uns avec les autres. Le silence d'ailleurs, qui partout règne autour d’eux, n’existe plus quand ils sont plusieurs ensemble ; ils ne sont plus en quelque sorte ni sourds ni muets ; et c’est alors que ne s’apercevant pas que, par suite de leur infirmité,ils aient rien perdu, ils croient n’avoir rien à regretter. Il convient toutefois, pour faire de leurs mœurs un tableau complet et fidèle, de faire remarquer que, surtout quand ils sont instruits, ils n’ont pas toujours les uns pour les autres une bienveillance telle qu’elle devrait résulter de la parfaite identité

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