‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 68 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE II

sourds-muets les uns vers les autres est d’autant plus fort qu’il est le résultat de l’infirmité commune qui les a indissolublement unis. Ce fait d’ailleurs est partout le même. Nous voyons, en effet, les hommes rechercher de préférence ceux qui ont avec eux quelques points de contact. II existe toutefois à ce principe de l’attraction par les rassemblances une exception pour ce qui concerne les sourds-muets : s’ils aiment à se réunir entre eux, ils n’ont aucune sympathie pour les pauvres filles qui sont atteintes de la même infirmité qu’eux. Nous les avons vus manifester la plus complète indifférence au sujet de l’état exceptionnel et si défavorable dans lequel ils se trouvent placés par leur position, ne comprenant rien à l’espèce de pitié qu’ils inspirent, et se montrant disposés à dédaigner la parole autant au moins que leurs gestes peuvent l’être par ceux qui n’en font pas usage. Eh bien, lorsqu’il s’agit de personnes d’un autre sexe, ils éprouvent eux-mêmes les sentiments qu’ils blâment dans les autres ; ils ' vont plus loin encore, car ils témoignent aux sourdesmuettes un dédain dont la manifestation peu circonspecte a dû plus d’une fois exciter vivement la susceptibilité de celles qui en étaient tout à la fois l’objet et les témoins : aussi voit-on bien rarement le mariage unir leurs destinées. Faut-il blâmer cet éloignement, qui paraît en quelque sorte instinctif,

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tant il est universel et profondément enraciné dans le cœur de chacun d’eux ? Je l’ignore. C’est assurément une triste position pour une femme parlante d’être condamnée à vivre toujours associée à un homme dont bien rarement elle comprend parfaitement le langage ; pourquoi donc cette situation a-telle plus d’attrait pour le sourd-muet qui n’entend pas ? Ne serait-il pas dans une condition infiniment préférable, s’il étaituni à une femme qui, placée dans une condition absolument identique avec la sienne, aurait nécessairement les mêmes goûts, les mêmes passions et surtout le même langage ? La communauté de biens et de maux que le mariage a pour but essentiel d’établir entre le mari et la femme qu’il associe serait bien plus complète ; mais aussi ce seraient là deux malheureux entièrement séquestrés du monde, ayant élevé de leurs propres mains, volontairement, entre eux et la société au sein de laquelle ils vivent, une barrière désormais presque infranchissable ; tandis que si le sourd-muet est assez heureux pour trouver dans une femme parlante dévouée un guide et un soutien dans notre société, qu’il ne connaît que d’une manière imparfaite, il cesse d’être pour elle un étranger ; il a désormais un interprète sûr et fidèle, par qui ses relations se multiplient , et qui diminue d’une façon très sensible les effets de son infortune. Il a ainsi doublé son exis-

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