‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 70 sur 200 · PARTIE I. - CHAPITRE U · texte numérisé non relu

PARTIE I. - CHAPITRE U

inactives c’est l’agitation qui lui donne la vie et qui le fortifie; et c’est presque toujours ce qui manque dans les écoles, où l’on semble éviter avec le plus grand soin tout ce qui peut détruire la monotonie de la vie monastique , qu’on a, fort mal à propos à notre avis, transportée là.

Les sourdes-muettes sont d’ailleurs excessivement bonnes ; leur physionomie est pleine de candeur, et la bienveillance, qui est la base de leur caractère, se manifeste partout. Affectueuses, dévouées et confiantes, elles ont certainement des droits incontestables aux sentiments d’affection qu’on leur refuse ; et peut-être est-ce plutôt un malheur pour la société que pour elles qu’on ait jusqu’ici méconnu une partie de leurs excellentes qualités. Il ne paraît pas, du reste, qu’elles fussent disposées à traiter les sourds-muets avec le même dédain que ceux-ci leur témoignent ; mais cela tient plutôt à la bonté naturelle de leur cœur qu’au désir de partager leur destinée en s’unissant à eux par le mariage. Elles n’.ont aucun éloignement pour les sourdsmuets ; mais elles sentent qu’elles ont besoin d’un soutien, et qu’un parlant, sous ce rapport, est bien préférable pour elles. Il est peu de parlants, malheureusement , qui se montrent disposés à contracter de pareilles unions; et la plupart de ces pauvres filles cherchent un refuge dans des maisons d’asile,

où leur existence toute matérielle ne peut qu’être dépourvue de toute espèce d’attraits. Les sourdsmuets , au contraire, se marient presque tous ; ils possèdent toutes les qualités qui font un bon père de famille ; leurs enfants, qui sont toujours parlants , font les signes aussi bien qu’eux ; les femmes elles-mêmes, qui n’ont pas craint de s’associer à leur sort, communiquent avec eux sans aucune difficulté, et presque toutes font preuve d’une admirable facilité à se servir du langage des gestes.

Au milieu des belles qualités qui distinguent les sourds-muets, il était impossible de ne pas remarquer quelques défauts qui sont presque tous inhérents à leur infirmité, et que l’éducation doit surtout chercher à combattre, plutôt dans leur intérêt que dans celui de la société, qui n’a certainement rien à craindre de leur existence. Tous les efforts des instituteurs de sourds-muets ont sans cesse tendu à leur procurer dans la société, telle qu’elle est établie, la part d’avantages et la position que l’infirmité dont ils sont atteints leur a enlevée ; ils y sont parvenus autant que la nature leur a permis, et par là ils ont rendu aussi étroite que possible la ligne séparative que la Providence a jetée entre le sourdmuet et le parlant. Est- ce donc dans l’intérêt des sourds-muets ou dans celui des parlants qu’ils ont agi ainsi ? La réponse à cette question ne saurait

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