‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 71 sur 200 · PARTIE 1. — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

PARTIE 1. — CHAPITRE IL

être douteuse : la société a gagné jusqu’ici bien peu de chose à la régénération du petit nombre de ses membres qui sont frappés de surdité ; mais eux, au contraire, ont tout à gagner à cette communauté de biens à laquelle on les convie. Ils ne l’ont cependant pas toujours parfaitement compris; et nous avons vu avec beaucoup de peine quelques uns des plus distingués d’entre eux chercher à isoler le plus possible de la société parlante ceux dont le sort leur est commun, et, usant des forces et des ressources qu’ils tiennent de la bienveillance des parlants, ne pas hésiter à leur contester le droit de se mêler des choses qui ont rapport à leur éducation. Nous sommes sourds-muets, disent-ils, et, à ce titre, à nous seuls appartient le droit d’instruire les sourds-muets. C’est, comme on le voit, une petite société qui tend à se rendre indépendante de la grande société parlante. Heureux que nous sommes encore que leur nombre ne soit pas très grand ; car on ne sait pas, s’il en était autrement. si leurs prétentions n’iraient pas jusqu’à nous interdire l’usage de la parole, afin de rendre plus évidente pour tous la vérité du principe qu’ils proclament, que de tous les moyens de communication que l’homme possède, il n’en est aucun, pas même la parole, qui soit préférable à la mimique ; d’où il suivrait que ce serait pour nous tous un véritable malheur de ne pas être nés sourds-muets.

Ce sentiment de défiance instinctive qu’ils manifestent à l’égard des parlants n’est cependant pas, comme on pourrait le croire d’après ce que nous avons dit, tout-à-fait le résultat de leur organisation. Le sourd-muet a l’amour de la justice profondément gravé au fond du cœur, et il en fait naturellement plutôt l’application aux choses qui le touchent de près qu’à celles qui ne l’intéressent pas. Les injustices qui lui sont personnelles lui paraissent d’autant plus blâmables qu’il est porté à croire que c’est son état d’infirmité et l’impossibilité où il est de se défendre qui y ont donné lieu; de là naît son éloignement pour les parlants, auxquels il ne suppose que très rarement pour lui toute la bienveillance qu’il croit lui être due. Il a tort sans doute de confondre tout le monde dans un même sentiment de réprobation ; mais les parlants qui le traitent avec une partialité révoltante et un dédaigneux despotisme sont bien plus coupables encore.

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