‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 73 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE III

doit exister entre deux êtres qui n’ont absolument rien de commun.

Nous trouvons dans le sauvage de l’Aveyron un moyen parfait de justification de cette pensée. Le jeune sauvage, en effet, était tout simplement un idiot en qui des rapports accidentels avec les autres hommes n’avaient pu agir sur l’organisation intellectuelle si débile . et en qui surtout la solitude avait achevé, au lieu d’en arrêter la marche, la destruction de tous les germes si faibles de la pensée. Abandonné dans le bois de la Caune lorsqu’il était tout jeune encore, cet enfant y était resté, vivant de racines et de fruits sauvages, jusqu’à l’âge de douze ans. Il grimpait sur les arbres avec l’agilité d’un chat, et deux fois ainsi il avait échappé à des personnes qui l’avaient aperçu; enfin, vers l’an vu, il fut saisi par trois chasseurs dans les mêmes lieux: il était entièrement nu. Conduit dans une maison d’un village voisin, il s’échappa et reprit dans les forets sa vie errante et sauvage. Enfin, un jour, il entra de lui-même dans une habitation , fut saisi et conduit à Paris, par ordre de L. Bonaparte , alors ministre de l’intérieur, et envoyé à l’abbé Sicard, le 4 messidor an vm, pour être confié à ses soins. « Il était, dit M. Itard, qui a fait sur ce jeune homme des observations si judicieuses et des expériences si dignes d’intérêt, il était farouche, impa-

m MUTISME ET SURDITÉ,

tient et mobile, et cherchait constamment à s’échapper (1). » Et plus loin il ajoute : «Que vit-on? un enfant d’une malpropreté dégoûtante, affecté de mouvements spasmodiques et souvent convulsifs, se balançant sans relâche, comme certains animaux de la ménagerie ; mordant, égratignant ceux qui le contrariaient, ne témoignant aucune espèce d’affection à ceux qui le servaient, enfin indifférent atout, et ne donnant de l’attention à rien. »

Était-il donc simplement sauvage ? et cette situation n’était-elle que le résultat de la vie vagabonde qu’il avait menée ? Ses facultés pouvaient-elles, après avoir sommeillé, être éveillées tout-à-coup? Étaientelles conservées intactes? Il est bien certain que non ; l’idiotisme était évidemment la cause première de l’état désordonné de sa raison. Dépouillée par les funestes influences sans doute qui, depuis son état d’abandon , avaient agi sur son organisation, de tout ce qui, dans l’homme, constitue l’entendement, il n’était plus possible d’espérer que les soins les plus habiles lui rendissent l’exercice de facultés qui n’existaient plus. M. ltard, qui fut alors plus spécialement chargé de lui donner ses soins, avait espéré d’abord que son idiotisme n’était qu’apparent, parce qu’il ne voyait dans son état que les suites fu-

(1) ltard. De l’éducation d’un homme sauvage.'

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