PARTIE I. — CHAPITRE III
nestes d’un isolement complet du reste des hommes ; persuadé qu’il était d’ailleurs que, sans les relations sociales, l’homme serait le moins intelligent et le plus faible des animaux. Après des expériences fort longues , et qui servirent à. faire connaître la rare sagacité dont cet habile praticien était doué, il reconnut enfin que Pinel avait eu raison de prétendre que cet enfant était un idiot, et il le traita comme tel. Rien n’est plus curieux que les observations qu’il fit, et plus ingénieux que les procédés qu’il mit en usage pour rendre à ses sens engourdis la vie qui leur manquait. Souvent il conçut des espérances, et crut saisir la récompense de tant d’efforts et de patience ; mais enfin il fallut renoncer à l’espoir de détruire cet idiotisme incarné ; et après que cet enfant eut été, pendant dix ans, l’objet des soins les plus persévérants et les plus judicieux, voici dans quels termes, le 13 juillet 1810, les administrateurs rendirent' compte au ministre de son état :
« Les espérances de l’administration sur la civilisation dont cet enfant était susceptible ont diminué peu à peu ; elles se sont entièrement évanouies.
» Elle a cru donc devoir en conférer avec son estimable instituteur, M. Itard; il n’a pu disconvenir que, voyant l’inutilité de ses soins, il les avait au moins suspendus.
» M. Sicard, l’un de nous, déclare cetenfant affligé
d’un idiotisme complet, et nous sommes obligés de reconnaître que, depuis que M. Itard lui donne ses soins, son intelligence ne s’est développée que très faiblement sur quelques objets matériels, qu’il est resté à ce point, et qu’il y a aujourd’hui certitude qu’il n’ira jamais plus loin.
» D’ailleurs ce jeune homme n’est pas sourd.
L’établissement consacré aux sourds n’est donc pas celui qui lui convient.
» Il est insociable ; il ne peut habiter avec les autres enfants. Il est impossible de l’assujettir à aucune règle. »
Au bas de ce rapport figure la signature de l’abbé Sicard lui-même. M. Montalivet père, alors ministre, adopta toutes les mesures qui lui avaient été proposées pour que ce jeune homme, qui était âgé de vingt ans, fût traité avec tous les soins et les égards dus à sa triste position ; il fut confié, en dehors de l'établissement, aux frais de l’État, à la femme qui avait veillé avec une sollicitude digne des plus grands éloges sur lui dans l’institution. Il mourut quelque temps après.
Yoilà donc un idiot placé dans les conditions les plus défavorables. Jamais aucun infirme de cette espèce ne sera traité avec plus de persévérance, de méthode et de soins, et cependant on n’a obtenu aucun résultat. Est-ce à la solitude qu’il faut l’im-