‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 75 sur 200 · PARTIE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CHAPITRE III

puter? et doit-on en conclure que tout individu qui se trouverait ainsi abandonné, conservât-il la plénitude de ses facultés, serait comme lui dépourvu de toute idée, livré à la vie purement animale, et incapable de s’adonner par lui-même aux plus simples opérations de la vie intellectuelle ? Il est évident que non ; ce qui le prouve, c’est l’état de la jeune fille sauvage trouvée en France, près de Châlonssur-Marne , au commencement du xvm e siècle ; car elle acquit bientôt des connaissances, et elle se souvenait très bien de plusieurs circonstances de son existence dans les bois. Elle parvint enfin à parler. Si, comme le prétend M. Itard, les autres enfants qui, à diverses époques, ont été recueillis ainsi, après avoir vécu dans l’abandon et dans la solitude, n’ont apporté dans la société que des fa- cultés profondément engourdies , ce n’est point tant à cause de leur isolement que de l’affaiblissement de leurs facultés, qui était la suite de la fâcheuse position dans laquelle ils s’étaient trouvés. Exposés, jeunes encore, à toute sorte d’influences délétères, soumis à une infinité de privations, que de dangers avait courus leur frêle existence ! Combien de douleurs, d’accidents , de frayeurs, avaient dû porter à leur raison de rudes atteintes ! Dans le sauvage de l’Aveyron, la blessure avait été plus profonde, et l’idiotisme était complet ; dans les autres, elle était plus légère.

et leur raison en était plus ou moins affaiblie, mais elle subsistait encore. Dans la jeune fille de Châlons, elle n’avait été que légèrement altérée, et c’ést pour cela qu’elle avait gardé le souvenir des événements qui remontaient à une époque déjà éloignée. Elle avait conçu des idées, sans quoi elle n’aurait pu raconter les faits qui se rapportaient à sa vie passée. Elle était sauvage dans toute la rigueur du mot, mais elle n’était pas idiote. Un obstacle plus absolu encore que celui qui tient le sourd-muet séparé de la société l’en avait isolée ; mais elle n’était pas pour cela sans intelligence; et ses facultés, loin d’être restées dans l’engourdissement et ses sens dans un état d’inertie , avaient agi, comme ils le font dans le sourd-muet, dans les rares circonstances qui provoquaient leur activité et leur imprimaient une impulsion particulière. Il demeure donc toujours évident que tant qu’existe dans l’homme le concert que la Providence a établi entre l’âme et les organes, la pensée germe et se fortifie en lui, en raison toujours du degré d’harmonie qui existe entre eux et de la perfection même de toutes les parties organiques à l’aide desquelles nos facultés mentales s’exercent : plus leur activité est restreinte ou gênée, plus nos facultés paraissent engourdies. C’est ainsi qu’il existe des degrés infinis dans l’entendement humain; mais il n’y a absence complète de conceptions d’idées

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