‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 76 sur 200 · PARTIE L — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE L — CHAPITRE III

que dans le seul cas d’idiotisme absolu. Toute autre infirmité met un obstacle plus ou moins étendu à l’exercice du principe intellectuel et au mouvement naturel des idées, mais ne peut le réduire à l'inaction.

Il ne faudrait donc plus croire, comme on le fait communément, que parce que le sourd-muet est privé d’instruction ou parce que son instruction est incomplète, il n’a qu’une existence toute matérielle, et que la pensée, frappée en lui d’une sorte de paralysie , laisse ses facultés mentales dans l’inaction la plus complète; que, borné aux seules sensations physiques, il sait à peine ce que c’est que la douleur ou le plaisir, ignore complètement les joies et les peines du cœur, et ne soupçonne même pas les jouissances qui nous viennent par la puissance de l’entendement. Doué comme nous de toutes les facultés qui constituent l’homme intellectuel, il ne lui manque qu’un moyen de communication à sa portée et des êtres pensants qui veuillent entrer avec lui en rapports d’idées et de sentiments. Réduit à l’isolement le plus absolu, il ne sera pas même encore, dans ce cas exceptionnel et essentiellement défavorable, livré à une vie toute matérielle et instinctive; il n’aura pas besoin sans doute de se créer un langage pour transmettre à des êtres qu’il ne connaîtra pas, et dont il ne soupçonnera pas même l’existence, ses pensées et le résultat de ses observations ; mais son

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intelligence agira intérieurement ; et il établira, dans son propre intérêt et par le seul fait de l’activité inhérente à sa nature, des rapports entre les divers objets qui frapperont son attention. Constamment placé en présence de la nature, il l’étudiera; il connaîtra tous les êtres qui auront frappé ses sens, il en aura, comme nous, dans le cerveau des images fidèles; et il n’est pas douteux qu’il arrivera ainsi à faire une série d’observations pleines de justesse et d’une remarquable sagacité. « J’ai vu, disait M. Bébian dans son journal, des sourds-muets pétillants d’esprit, brillants d’imagination ; jugeant des beautés des arts qui sont à leur portée avec un goût peu commun et une exquise délicatesse ; pleins des saillies piquantes dans leur conversation mimique, et cependant ils savaient à peine écrire quelques mots. D’autres, qui ont à peine un commencement d’instruction, m’ont étonné par les connaissances positives qu’ils possédaient, jugeant des choses et des hommes avec une singulière sagacité, exerçant avec succès divers genres d’industries, et n’ignorant presque rien de ce qui peut les intéresser dans la sphère d’activité où le sort les a placés (1). »

Rien assurément n’est plus vrai que cette appré-

(1) Bébian, Journal de l’instruction des sourds-muets et des aveugles, pag. lit.

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