‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 77 sur 200 · PARTIE L — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE L — CHAPITRE III

loi

ciation de l’aptitude du sourd-muet et des remarquables dispositions qu’il montre pour l’étude. Personne d’ailleurs ne le connaissait mieux que l’auteur de la précieuse publication dont nous venons de parler ; et cependant qu’il nous soit permis de dire qu’il se trompe quand il attribue en quelque sorte ce développement spontané de son intelligence, uniquement aux communications journalières avec d’autres sourds-muets, ou avec des parlants, qui se sont rendu son langage familier ; car s’il en était ainsi, il faudrait en conclure, avec l’abbéSicard, qu’avant toute instruction, le sourd-muetn’estqu’une espèce d’automate, une statue ambulante ; il faudrait en conclure aussi que le sourd-muet qui serait complètement isolé des autres enfants frappés de la même infirmité, et qui d’ailleurs n’aurait à côté de lui aucun parlant qui se fut familiarisé avec son langage , n’acquerrait par lui-même aucune connaissance , et resterait dans l’inactivité d’esprit la plus absolue ; ce qui est une erreur dont l’évidence est démontrée par une infinité de faits, et surtout par l’observation la plus superficielle des lois d’après lesquelles se produit dans l’homme la génération des idées.

Pour soutenir que le sourd-muet n’a pas d’idées avant l’instruction qu’il reçoit dans les écoles, il faudrait pouvoir rétablir une ancienne croyance,

aujourd’hui abandonnée de toutes parts : c’est que les idées tiennent aux mots, et qu’elles ne peuvent s’en séparer. Nous ignorons s’il existe encore des hommes sensés qui soient partisans de cette grossière hérésie scientifique, mais ceux qui connaissent les sourds-muets ne l’adopteront certainement pas.

Des rapports continuels et un commerce d’idées avec des hommes instruits sont plus que toute autre chose en état de féconder les exercices de notre intelligence ; et rien ne favorise plus surtout le développement de la raison que cet échange perpétuel de réflexions les unes corroborant les autres , et à l’aide desquelles l’esprit dé l’homme pénètre de proche en proche et de progrès en progrès jusque dans les replis les plus secrets de la science la plus ardue ; mais il n’est pas indispensable qu’il ait lieu pour quel’ être pensant, qui a des facultés qui lui sont propres, les mette en jeu, et se serve des données qu’elles lui procurent pour établir ses jugements et régler sa conduite. Nous pensons donc que c’est en lui-même que se trouve le principe de cette activité d’esprit dont il se fait une ressource puissante, et à l’aide de laquelle il entre ensuite en communauté d’idées et de vues avec les personnes qui l’entourent. De ces rapports avec elles résulte évidemment une plus grande facilité d’observation ; mais son jugement se fortifie et se développe en

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