‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 79 sur 200 · PARTIE L - CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE L - CHAPITRE III

de départ qu’il faudra bien se garder de dédaigner; car il n’en résulterait pas seulement la perte d’un bien précieux, mais aussi une perturbation si absolue dans ses idées, qu’elle rendrait dans certains cas l’éducation tout-à-fait impossible. Il ne faut donc pas accepter le sourd-muet comme une table rase ni comme une sorte d’automate, car il n’est ni l’un ni l’autre ; mais il faut l’étudier avec soin, démêler, s’il est possible, jusqu’où l’a conduit cette première instruction, et en faire ensuite le point de départ de l’enseignement nouveau et la base de toutes les connaissances à acquérir.

Ceux qui entreprennent l’éducation des sourdsmuets sont obligés d’accepter leurs élèves tels que la nature les a disposés, et n’ont pas à se préoccuper des différences souvent imperceptibles qui existent dans l’infirmité des enfants qui sont confiés à leurs soins. Seront-ils plus heureux, en effet, dans leurs efforts, parce qu’ils sauront que l’un entend vaguement les intonations de la voix humaine, tandis qu’un autre ne perçoit par l’oreille aucune des modifications du son, et reste insensible au bruit comme l’aveugle à la lumière? N’ont-ils pas d’abord accep'é comme un fait irrévocablement accompli la suppression de l’ouïe? Leurs moyens d’enseignement n’ont-ils pas été établis et combinés pour remédier à l’inconvénient qui résulte de l’absence d’un

des sens les plus utiles pour le développement des facultés humaines? Mais ce qui est sans importance pour nous, qui avons renoncé à faire de la parole articulée un moyen de démonstration, est au contraire du plus haut intérêt pour celle des écoles de l’Allemagne qui dénient au langage des signes l'efficacité que nous lui reconnaissons, et accordent à la parole le premier rang parmi les modes d’enseignement connus.

Le professeur aura donc à se préoccuper davantage de l’âge auquel l’infirmitése sera produite, parce que celui qui est devenu sourd après avoir entendu a déjà acquis des connaissances que ne possèdent pas ceux qui avaient perdu l’ouïe en naissant. Les moyens de démonstrations seront les mêmes sans doute, mais il les comprendra mieux, et son éducation offrira moins de difficultés et sera plus rapide que celle des autres enfants. 11 sait, en effet, que l’écriture et la parole, dont il a fait usage, ont la propriété de transmettre la penséee et de servir d’intermédiaire aux communications des hommes entre eux, et c’est beaucoup.

Les auteurs qui ont écrit sur l’éducation des sourds-muets, et notamment M. de Gérando, ont prétendu que la pantomime remplit, dès le début de l’enseignement, à peu près le même office, entre l’élève et le maître, que la langue française entre le

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