‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 81 sur 200 · PARTIE I. •*- CHAPITRE III. I · texte numérisé non relu

PARTIE I. •*- CHAPITRE III. I

sans aucun doute admirablement disposé pour l’éducation , dont le besoin se fait souvent sentir pour lui ; mais voilà tout. C’est une nature vierge , presque inculte, dont la fertilité se manifeste à l’œil observateur à travers et au-dessous de cette enveloppe grossièrement abrutie par la solitude que lui a faite l’indifférence des hommes. Laissons donc en arrière toutes ces utopies, et voyons les élèves qui arrivent dans nos écoles tels qu’ils sont, c’est-à-dire comme des enfants doués d’une vive intelligence et d’une aptitude parfaite, admirablement préparés pour l’étude, mais comme un sol vierge, qui attend en quelque sorte sa première semence.

Nous croyons que le langage des signes est, ainsi que nous chercherons à le démontrer plus tard, le système de communication le plus efficace et le plus naturel, mais nous ne prétendons pas que sans son concours rien de bon ne soit possible. Perreire avant l’abbé de l’Épée avait, comme Wollis, Amman et plusieurs autres, instruit des sourds-muets, et ses efforts avaient été couronnés de succès. Est-ce à la pantomime qu’il avait tout d’abord demandé le secret pour entrer en rapport avec eux? Certainement non ; car il ne paraît pas qu’il ait soupçonné son existence, ou bien, s’il a su qu’elle existait, il a dédaigné de s’en servir, et c’est à la parole orale qu’il a eu recours. On peut donc parfois et dans des cas

particuliers, obtenir des résultats satisfaisants sans le secours de la mimique; son rôle d’ailleurs est assez grand et assez beau pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en exagérer l’importance outre mesure. Aussi voyons-nous bientôtles partisansdece système d’amplification se donner à eux-mêmes un cruel démenti, étant forcésde reconnaître que le sourd-muet, n’ayant que peu ou point d’idées, ne peut, comme ils l’avaient prétendu d’abord, faire les frais nécessaires pour créer une langue commune que lui seul posséderait ; car ils reconnaissent qu’il est impossible qu’un individu ne possédant pas d’idées eût néanmoins la connaissance des signes pour exprimer ce qu’il ne connaît pas encore.

Disons toutefois, avec l’abbé Sicard, qui n’a pas toujours voulu être aussi juste , qu’il n’est guère plus difficile d’instruire un sourd-muet qu’un étranger qui ne connaît pas notre langue, parce que, comme il le dit, il n’est pas plus naturel, dans tous les cas, d’exprimer les idées abstraites par les sons que par les signes; parce que, malgré la différence essentielle qui distingue la nature de l’âme de celle du corps, il y a dans les opérations de l’une et de l’autre certains rapports qui leur donnent un air de ressemblance ; parce que le jeu de la physionomie sert admirablement à exprimer les passions, et parce qu’enfin l’instituteur peut et doit faire naître d’heu-

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