‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 84 sur 200 · ARTIE I. — CHAPITRE HL · texte numérisé non relu

ARTIE I. — CHAPITRE HL

professeur, possédant bien le langage des signes et ayant de l’aptitude du sourd-muet une connaissance parfaite, sait étendre ou simplifier selon les besoins de son enseignement, et sur lesquelles il répand avec soin un charme qui séduit l’élève studieux en excitant de plus en plus le désir d’apprendre qui le domine et celui qui] sent moins le prix du travail, par l’attrait de la nouveauté; ils le suivent tous du regard avec une attention tellement soutenue que rien n’est capable de les distraire. Alors plus de gestes, plus de conversations particulières ; mais partout éclate une satisfaction qui se manifeste surtout par la vivacité du regard et par des questions dont l’à-propos ne permet pas de douter qu’il n’y ait entre eux et le maître une entente complète.

Le professeur de sourds-muets a une triple tâche à remplir, dont chaque partie est d’ailleurs essentiellement liée aux deux autres ; il faut : 1° qu’il développe les idées de ses élèves ; 2° qu’il provoque la création du signe de rappel qu’il convient de donner à chaque idée nouvellement acquise, de telle sorte qu’on puisse se la remettre en mémoire aussi souvent et aussi complètement que possible ; 3° qu’il enseigne l’expression écrite de cette même idée, afin que le sourd-muet devenant homme par le développement de son intelligence, devienne en même temps, par l’acquisition de la langue

i68 MUTISME ET SURDITÉ.

nationale, concitoyen des hommes auprès desquels il vit.

Il ne faudrait pas toutefois faire de ces bases fondamentales de l’éducation une application trop étendue. Il faut se garder surtout de céder au désir de multiplier outre mesure les connaissances qu’il est essentiel d’acquérir en fait de mots, comme le faisait l’abbé Sicard,par l’emploi d’une nomenclature méthodique sans fin : il suffit d’en apprendre tout juste assez pour étudier les formes primitives de la langue. A quoi servirait, en effet, de chargerla mémoire d’une quantité considérable de mots isolés ou groupés par famille? Il ne peut plus, du reste, aujourd’hui être question de ce système suranné ; laissons de côté enfin, pour ne plus nous en occuper, cette horde de mots entre lesquels on prétendait naguère encore établir une classification régulière, sorte de pierre philosophale à la recherche de laquelle on a vainement usé de l’esprit et beaucoup de temps. Un des partisans les plus décidés de ce système était M. de Gérando, qui fait observer toutefois qu’on n’en trouve le modèle nulle part dans l’enseignement ordinaire de nos langues, pas même dans l’enseignement classique (1). Cette observation aurait dû, ce semble, faire naître des doutes sur son efficacité.

(1) DeOérar.do, De l’éducation des sourds-muets,

Page 1