‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 90 sur 200 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MOYENS DE COMMUNICATION EN USAGE POUR l’ÉDÜ- CATION DES SOURDS-MUETS : LA PAROLE , LE LAN¬ GAGE DES SIGNES, LA DACTYLOLOGIE, LE DESSIN.

L’enseignement des sourds-muets, dont plusieurs personnes s’étaient déjà occupées sur plusieurs points de l’Europe, et plus particulièrement en France, en Angleterre, en Hollande et en Espagne, ne promettait que des résultats fort incertains lorsque parut l’abbé de l’Épée. Il ne voulut pas, comme ses devanciers ou ses contemporains, dont il ne connaissait d’ailleurs pas les travaux, demander à la parole orale la réalisation de ses espérances. Il fallait, disait-il , suppléer l’oreille par les yeux, et il imagina de se servir des signes pour établir entre ses élèves et lui un échange d’idées. Les succès incontestables obtenus à l’aide de ce système, la révolution coin-

plète qu’il a opérée dansla situation des sourds-muets, les perfectionnements dont il était d’ailleurs susceptible et qu’il a en partie obtenus ; tout devait lui mériter la préférence, qui lui a été accordée par le plus grand nombre des instituteurs de sourds-muets; sur tous les autres modes de communication spéciaux qu’a rendus indispensables la surdité. Aussi une infinité d’écoles, à la tête desquelles marche encore aujourd’hui celle de Paris, se servent-elles presque exclusivement du langage des signes, qui a acquis, il faut le dire, un rare degré de perfection et se prête d’une manière admirable à toutes les exigences de la pensée. N’est-ce pas d’ailleurs, disent ses partisans, la langue naturelle du sourd-muet? n’est-ce pas par elle seule qu’il a pu se mettre en communauté de sentiments et d’idées avec la société ? Sans elle, il ne serait qu’un être dégradé, éternellement concentré en lui-même. Elle n’est pas d'ailleurs l’ouvrage de l’homme, c’est un don de la divinité.

D’autres, en moins grand nombre, il est vrai, mais parmi lesquels il convient de ranger beaucoup de professeurs de l’Allemagne, ne voient dans le langage des signes qu’un déplorable instrument de séquestration pour le sourd-muet. Ils conviennent qu’ii aide plus puissamment et plus rapidement que tout autre mode d’enseignement au développement de l’intelligence et à l’acquisition des idées. Maisqu’im-

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