‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 92 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE I

propre à faciliter l’acquisition des idées, puisqu’il est si difficile de se le procurer, et qu’un petit nombre d’individus, ayant une organisation à part, peut espérer d’en être mis en possession d’une manière d’ailleurs toujours fort incomplète. Le langage des signes, au contraire, facilite au dernier degré le développement de l’intelligence, et il n’estpas d’enfant, quelque jeune qu’il soit, qui n’en ait la connaissance par le fait de son infirmité. Son universalité, son esprit et son mécanisme particulier le rangent au nombre des langues qui ont le privilège d’établir entre les hommes un lien commun et des rapports faciles.

Ce n’est pas toutefois qu’il soit difficile de donner au sourd-muet la connaissance des sons dont se compose la langue parlée ; rien n’est plus aisé au contraire. Ce n’estpas, en effet, le hasard seul qui a présidé à l’arrangement des combinaisons à l’aide desquelles chaque valeur phonique a été produite. La préférence qui leur a été accordée au milieu de tant d’autres, dont la plus légère déviation, soit du souffle, soit dans la disposition symétrique des parties essentielles de l’organe vocal, accroît sans cesse le nombre, a été la suite nécessaire de beaucoup de raisonnements et de réflexions : travail évidemment au-dessus de la portée de l’intelligence humaine , si peu développée d’abord, puisque encore

aujourd’hui, ceux qui ont appliqué à cette partie si difficile de l’organisme humain leurs facultés, ont tant de peine à s’entendre et à se mettre d’accord sur les principes et sur leurs applications. Les éléments de la prononciation sont simples comme toutes les œuvres de la nature, et l’attention le moins persévérante suffit pour apercevoir la régularité des lois de leur formation, les liens qui existent entre eux et les différences qui les caractérisent.

Quelques indications superficielles données ici à cette occasion suffiront pour le prouver. Ouvrez, en effet, la bouche autant que possible, et criez, vous prononcerez un A ; baissez l’ouverture de la bouche d’un degré, vous produirez le son É ; baissez encore, le son I sera prononcé. Les coins de la bouche ont subi le plus grand écartement qu’il soit possible de leur donner ; rapprochez-les le plus possible, et, réunissent les lèvres, le son O sera le résultat de cette combinaison; poussez d'un degré les lèvres en avant, et dans cette position vous aurez le son U ; poussez-les encore, elles s’élargiront à l’extérieur, et EU en sera la conséquence. Enfin OU est le produit du plus grand prolongement possible donné aux lèvres dans le sens horizontal, comme A celui de la plus grande ouverture dans le sens vertical. Voilà toutes les voyelles ou les sons primordiaux simples, dont se compose notre langue: en les

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