‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 96 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE I

Nous venons d’établir qu’il n’était ni long ni difficile d’enseigner aux sourds-muets les sons primordiaux de la langue , et nous ajouterons volontiers qu’à moins d’être tout-à-fait dépourvu d’intelligence, il n’en est presque aucun qui ne parvienne à les prononcer tous en peu de temps. «Apprendre à des sourds-muets de quelle manière ils doivent disposer leurs organes pour rendre des sons et former des paroles distinctes est, disait l’abbé de l’Épée, une opération qui n’est certainement ni longue ni pénible. Trois ou quatre leçons avancent beaucoup cet ouvrage si elles ne le consomment pas (1). » De son côté, l’abbé Sicard disait au public, ébahi d’entendre des sourds-muets prononcer quelques mots : « Tous mes élèves en feraient autant, si j’avais assez d’argent pour payer des manœuvres pour cela. » Et cependant nous pensons toujours que la parole n’est pas un moyen à l’aide duquel on puisse donner exclusivement de l’éducation aux sourds-muets. Si, en effet, il suffit de quelques jours, souvent de quelques heures, pour leur enseigner à prononcer les premiers éléments de la parole, que de temps et d’efforts ne faut-il pas ensuite pour combiner les sons! Il y a là des obstacles qu’un très grand nombre d’é-

(1) Institution des sourds et muets par la voie des signes méthodiques.

lèves ne surmontent jamais, et ceux qui réussissent à les vaincre, comment et avec qui peuvent-ils ;faire usage de cette faculté de parler que l’art leur procure ? Parlent-ils comme tout le monde? Assurément non. Leur voix glapissante, gutturale ou chevrotante, produit presque toujours sur ceux qui les écoutent une sensation pénible. N’ayant pas pour guide l’oreille, ils n’ontpresque jamais, quoi qu’on fasse, uneparfaite idée des inflexions qu’il convient de donner à la voix pour que la parole soit intelligible ; leur langage est donc une sorte de croassement que presque personne ne peut comprendre.

Pour leur communiquer par les yeux la parole, c’est-à-dire pour l’enseignement de ce qu’on est convenu d’appeler la lecture sur les lèvres, il y a bien d’autres difficultés encore. Est-il possible qu’un sourd acquière jamais une connaissance assez précise des effets de la prononciation, et que chaque combinaison des sons puisse se manifester à ses yeux assez distinctement pour comprendre , à l’aide de l’intuition seule, les paroles qu’une personne prononce sur le ton ordinaire de la conversation ? Quelles que soient à cet égard les prétentions affichées par quelques professeurs, il est permis d’affirmer que non. Outre les autorités imposantes qu’il nous serait facile de citer à l’appui de cette opinion , il nous semble qué le bon sens seul devrait

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