‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 97 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE I

suffire pour prouver aux plus incrédules que cela n’est pas matériellement possible.

Nous pouvous ajouter aux faits si concluants que nous avons cités à ce sujet, dans notre traité spécial De la parole enseignée aux sourds-muets , l’appréciation plus récente encore qui résulte du voyage fait, l’année dernière, en Europe, dans le but spécial de juger du mérite de cette méthode dans les écoles où elle est en usage, par M. Day, un des membres du conseil d’administration de l'école des sourds-muets de New-York. Après avoir visité l’Angleterre, être venu en France, il aparcouru l’Allemagneet la Prusse, et il s’exprime, dans son rapport, daté de Berlin, et publié par l’institution de New-York (1), de manière à ne laisser aucun doute sur la supériorité du système des signes sur la. parole orale artificielle comme mode d’instruction. Nous l’avons vu avec plaisir reconnaître que tous les faits que nous avions avancés, et les appréciations que nous avions cru devoir en faire , étaient de la plus parfaite exactitude. «La parole, dit-il, n’est pas un moyen général d’instruction, pas même en Allemagne, où elle présente cependant moins de difficultés, qu’en France, en Angleterre et dans presque tous les autres pays,

(1) Twenty-sixth annual report and documents of tlie New- York institution for the instruction of the Deaf and Dumb.

à cause de la nature des sons qui constituent la langue allemande. Elle ne peut s’appliquer utilement qu’à un très petit nombre d’individus; elle retarde le développementde l’intelligence, metobstacle à l’apprentissage d’un métier, et ne permet que très difficilement aux élèves de se bien pénétrer des idées religieuses. » M. Day accorde donc , comme nous , au langage des signes la préférence sur la parole.

Nous ne craignons pas d’ajouter qu’outre la nécessité dans laquelle sont les écoles allemandes de faire un choix parmi les élèves, et d’exclure de leur sein ceux qui, ayant d’ailleurs une grande aptitude, n’ont pour apprendre à parler aucune disposition, elles obtiennent peu de résultats. Nous n’avons pas encore eu sous les yeux un seul exemple, non pas seulement d’un sourd-muet parlant passablement, mais aussi d’un seul qui, élevé à l’aide de ce système, eût acquis une instruction parfaitement convenable.

Disons donc avec Gardien (1), dans son précieux ouvrage sur les maladies des enfants, que l’art de faire parler les sourds-muets est plus admirable qu’utile, plus propre à piquer la curiosité qu’à établir entre eux et les autres hommes un commerce

(1) Gardien, Maladies des femmes et des enfants.

Page 1