‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 98 sur 200 · PARTIE If; - CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE If; - CHAPITRE I

réciproque. Nous ne pouvons toutefois admettre avecM. Le Bouvyer-Desmortiers et quelques autres auteurs, qu’un sourd-muet qui parle , et le canard de Yaucanson, qui boit, mange et digère, sont deux objets de curiosité également dignes de figurer à la foire. Ce serait nier l’évidence des faits les moins contestables. Il y a, il faut le reconnaître, des sourds-muets qui parviennent à parler, d’une manière, il est vrai, presque toujours fort irrégulière, mais ce ne sont pas purement et simplement des machines montées.

Nous admettrons sans difficulté également qu’il existe des personnes, mais en très petit nombre, qui sont douées d’assez de pénétration pour deviner la parole d’après l’inspection du mouvement, non seulement des lèvres, mais de l’ensemble de la physionomie. Nous en avons entendu citer quelques exemples, et l’abbé de l’Épée rapporte que deux chanoines de l’église du Mans, qui étaient venus auprès de lui pour apprendre sa méthode, commençaient à écrire sans le secours d’aucun signe, sur la seule inspection du mouvement des lèvres. «La même chose arriverait infailliblement à toute personne intelligente, ajoute l’abbé de l’Épée, qui aurait la charité de se consacrer à l’instruction de plusieurs sourds-muets.» Quelque profond que soit notre respect pour l’illustre inventeur de notre enseignement, nous sommes

obligé de nier l’exactitude de son assertion ; et nous croyons qu’il ne se l’est permise, sachant qu’elle était peu exacte , que par le désir qu’il éprouvait de voir des hommes de talent se dévouer à la philanthropique mission qu’il avait entreprise : tout au plus pourrionsnous admettre que quelques personnes se comprennent ainsi mutuellement ; mais il nous paraît presque impossible qu’un homme acquière jamais assez de perfection dans ce genre d’exercice pour qu’il puisse, sans le secours de l’audition et à l’aide simplement de la vue , saisir les paroles prononcées devant lui par toute personne indistinctement. Il faut, en effet, pour que ce résultat soit possible, que la parole soit lente, parfaitement accentuée, et qu’il n’y ait, entre celui qui parle et celui qui cherche à pénétrer sa pensée, aucun obstacle qui gêne la vue.

Les sourds-muets qui peuvent atteindre cet heureux résultat sont dans une position préférable à celle des autres, mais il y en a peu ; et ce n’est pas surtout dans les écoles, mais au sein des familles, que ces rares dispositions peuvent être cultivées. Il est certainement possible qu’à force de soins et de travail, un sourd-muet, ayant une aptitude marquée, arrive à parler presque comme nous ; mais si jamais ce fait presque inouï se produit, ce sera une remarquable exception.

En résumé, la parole enseignée artificiellement

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