LA TOMBE DE SPATA
types gravés dans les moules de Mycènes servaient uniquement à mouler des ornements semblables en argile cuite, enduits d’un vernis de plomb.
Mais on rencontre aussi dans la tombe de Spata des objets en verre de cobalt bleu, dont quelques-uns ont la même forme que l’objet de pierre représenté par la figure 172.
La présence de tous ces objets de verre nous mène à la conclusion que le tombeau de Spata est de beaucoup postérieur aux tombes royales d€ Mycènes. Nous en trouvons une preuve encore bien plus frappante dans les objets sculptés découverts dans le tombeau de Spata ; on pense généralement qu’ils sont en ivoire, mais les recherches du professeur Landerer démontrent qu’ils sont en os ordinaire. Tous ces objets semblent appartenir à une période relativement récente de l’art assyrien. Le plus remarquable de ces objets est peut-être une tête d’homme sans barbe, coiffée d’une mitre assyrienne très-élevée ; la partie inférieure de cette mitre est décorée d’un diadème qui en fait le tour ; la partie supérieure est divisée par trois doubles bandes en quatre compartiments. Gomme il est d’usage dans les coiffures assyriennes, la chevelure pend sur la nuque en trois tresses qui se recouvrent Tune l’autre. Je citerai aussi un peigne de 5 pouces (0'“, 14 1) de long et de 3 pouces ^ (0"',08 ~) de large ; la partie supérieure est divisée par des bandes étroites en deux compartiments ; le compartiment supérieur contient au milieu une üeur accostée de deux sphinx femelles; le compartiment inférieur contient trois sphinx femelles. Il y a aussi deux plaques en os portant des sphinx femelles. Tous ces sphinx ont les ailes longues et larges et d’un excellent style d’art assyrien. Si on les compare aux sphinx d’or des tombeaux de Mycènes (voyez un de ces sphinx à la figure 277), on verra que ces derniers sont d’un style tout à fait archaïque et dénotent un art très-primitif.
Parmi les objets sculptés recueillis à Sjiata, il y en a un qui mérite une attention particulière : c’est une plaque d’os où fou voit un lion dévorant un bœuf; le corps tout entier du lion semlile planer en l’air et ses jambes de derrière étendues dans toute leur longueur nous rappellent très-nettement les lions représentés sur les
LA TOMBE i)E SPATA.
coupes et sur les plaques d’or de Mycèues. D’un autre côté, la tête du lion et le bœuf qu’il dévore rappellent très-certainement le style de l’art assyrien.
Je n’ai trouvé à Mycènes aucun objet semblable soit en ivoire, soit en os.
On remarquera encore parmi les objets provenant du tombeau de Spata un disque en os de 4 pouces ^ (0'", DU) de diamètre ; avec une bordure formée par deux lignes doubles ; tout l’espace intérieur présente l’apparence d’un réseau dont les mailles seraient de petits triangles formés par de triples lignes ondulées.
Selon l’opinion formelle du professeur Landerer, ces grandes plaques d’os et les disques prouvent jusqu’à l’évidence que l’art d’amollir les os dans l’eau et de les mettre ensuite en presse, pour obtenir de larges ^^surfaces, était connu en Attique dans une antiquité reculée.
Remarquons encore, parmi les objets trouvés à Spata, les petits disques de pierre qui ont un petit tube au centre d’une des faces et ont peut-être servi d’ornement pour les portes des maisons. Ils ressemblent beaucoup aux objets que j’ai découverts à Mycènes’; d’ailleurs, on en a trouvé de pareils dans le tombeau d’Ialysos, qui sont visibles au Musée Britannique.
On a trouvé à Spata différents modèles de pointes de flèche en bronze, tandis qu’il n’y en avait pas trace dans les tombeaux de Mycènes. Au contraire, dans un de ces derniers tombeaux, j’ai recueilli les trente-cinq pointes de flèche en obsidienne représentées figure 435, et des pointes de flèche de la même pierre dans les décombres qui recouvraient les tombeaux; c’est seulement dans les couches supérieures des décombres, à Mycènes, que j’ai trouvé quelques pointes de flèche en bronze.
Il faut citer encore le fragment d’un vase de granit noir recueilli à Spata ; ce fragment est percé de deux trous qui servaient pour suspendre le vase ; on a rencontré des vases semblables à Mycènes.
Tout près de ce tombeau, on en a découvert un second, composé
1. Voyez la figure 126, dans la rangée supérieure, à «Iroite et à gauche.
J. A TOiMlŒ UE SPATA.
d’ulie seule chambre ; on y accède par un dromos ({m n’a que la moitié de la longueur de celui du grand tombeau. Dans ce petit tombeau on a trouvé le squelette d’un homme qui avait été brûlé sur un bûcher, évidemment à l’endroit même oû il reposait. On y a trouvé aussi le squelette d’un cerf, mais pas autre chose.
Selon toute probabilité, le colonel Leake a raison de voir dans Spata l’ancien dème de Sphettos {^(^rixxoç, ou iffixxôq). Or, selon Plutarque ‘, les cinquante Pallantides, fds de Pallas, le frère d’Égée, partirent de Sphettos pour marcher contre Athènes; d’un antre côté, le colonel Leake, s’autorisant d’une inscription publiée par Finlay, place le dème de Pallenæ, habité par les Pallantides, sur un éperon du mont Hymette, qui ferme la route de Probalinthos et de Marathon, par conséquent dans le voisinage immédiat de Sphettos; toutes ces raisons ont fait supposer que les tombeaux de Spata pourraient être ceux des Pallantides mis à moid par Thésée. Mais cette opinion est contredite par les objets mêmes que l’on a découverts; en les étudiant avec soin, il nous est impossible de faire remonter le grand tombeau plus haut que le huitième siècle avant J. -G., tandis que les rois d’Athènes appartiennent à une antiquité très-reculée et doivent être contemporains des rois de Mycènes.
La question des masques dans l’antiquité est si importante pour l’archéologie, que je ne puis terminer sans dire que mon honorable ami le professeur A. Rhousopoulos, de l’université d’Athènes, me rai)pelle un tout petit masque d’or, trouvé au printemps dernier dans un tombeau, sur la côte de Phénicie, juste en face de l’ile d’Arados. Il avait été acheté dans le pays par un mairhand d’anti- ({uités, qui le porta d’abord à Athènes; il me l’a montré de|)uis à Boulogne-sur-Mer, en se rendant à Londres, oû il avait rintention de le vendre. Il est fait d’une mince plaque d’or, et si petit, qu’on ne pourrait l’appliquer que sur le visage d’un nouveau-né. Il représente une figure humaine qui a les yeux clos; il est travaillé au repoussé, mais d’une façon grossière.